jeudi 6 mai 2010

Une journée en Pologne

Le matin, au petit déjeuner, nous apprenons quelques mots de polonais, mais nous ne retenons que ceux qui ressemblent au tchèque:
_ maslo: beurre, mleko: lait, et autres mots clefs dans une conversation de la vie courante.









Il fait assez mauvais: ciel bas et menaçant, froid, humide, uniformément gris, et ça tombe très bien parce que nous prenons la direction d'Auschwitz et Birkenau.

La première chose qui surprend quand on arrive sur le site, c'est le nombre de touristes: tous les âges, tous les visages, toutes les humeurs.
La seconde chose qui surprend, c'est le bordel qui entoure l'entrée du site: personne ne sait exactement ce qu'il faut payer pour avoir quoi.
Ensuite, on cesse d'être surpris parce qu'on commence la visite. Il y a beaucoup de choses qu'on sait déjà. On commence par faire son malin: "ouais, moi je sais déjà ce qui s'est passé ici, je suis au courant pour les montagnes de chaussures."
_ Peut-être, mais alors tu avais oublié qu'il y avait eu une industrie textile avec les cheveux."
Le petit vernis de bravoure qui nous protégeait à l'arrivée s'écaille ou se durcit selon les gens.

Dans le couloir des photos des victimes, crâne rasés ou pas, visages émaciés ou pas encore, date d'arrivée, profession, date de mort, personne n'a plus aucun commentaire sur le bout de la langue. Certains visages sourient sur la photo.
Certains visages sourient sourient sur la photo.

Et puis on arrive dans la chambre à gaz. C'est un moment où l'on voudrait bien disparaître sous terre. On pense que tout ce qui a survécu à cette chambre, ce sont les murs. Et encore, ils gardent bien des cicatrices des lambeaux d'Histoire qu'ils ont contenus.

On sort de là remplis d'ombres noires et mouvantes qui nous échappent et nous assiègent.

On mange vite fait dans la voiture. Courageuses mais pas téméraires, on commente la visite sans aborder les points les plus choquants.

Et puis comme le temps file, on met sans plus tarder le cap vers les mines de sel de Wieliczka. On prend la dernière visite de la journée. En polonais, c'est plus folklorique. On n'a pas appris grand chose. On a descendu beaucoup de marches et de dénivelés en pente douce, et on a vu des animations très kitsch destinées à rendre le lieu féérique. On n'a pas appris beaucoup de choses. Les mines de sel de .... (copier-coller) Wieliczka sont très anciennes. Au Moyen-Age, cependant, les cul-terreux avaient quelques scrupules à descendre risquer leurs vies dedans. On peut les comprendre, parce que les coups de grisou et les éboulements étaient monnaie courante. Ajoutez à celui quelques superstitions qui leur faisaient craindre de tomber nez à nez avec le diable au prochain coup de pelle, et vous n'aurez pas d'avantage envie de vous lever à 4h du matin pour un misérable salaire. Le roi prit alors le taureau par les cornes et motiva ses troupes en leur offrant des salaires royaux, six mois de congés pour les récoltes (bon, pas payés, c'était que le Moyen-Age, pas le Front populaire!), et des terres de belle taille pour chaque année de travail.
Il y a maintenant un restaurant de luxe et quelques chapelles dans les sous-terrains, des lacs plus ou moins animés, mais pas franchement enchantés, des vitrines avec des reconstitutions du décors à l'âge de bronze, des régiments de nains, moults statues des rois, reines, généraux, chevaux, ours, et autres personnages qui jouèrent un rôle important dans l'approfondeur des choses, quelques Christ en croix, des troupeaux de Vierges à l'enfant, un ou deux Jean-Paul II bénissant les nains et les pavés polis, mais de gueux creusant pour s'offrir une nouvelle piscine, vous ne verrez pas même l'ombre.

On sort de nuit, après quelques longues minutes dans un ascenseur sans lumière, effroyablement exigu, sensé nous rappeler ceux de la belle époque des nains.

L'estomac dans les talons et la moelle épinière bleue de froid, on reprend le chemin du centre de Krakowie où on s'offre un gueuleton bien chaud pour trois clopinettes. Les rues de Krakowie à quelques jours de Pâques sont remplies de touristes qui parlent fort et consomment beaucoup et de polonais qui font la queue à la porte des églises pour assister aux nombreuses cérémonies. Marcher dans ces rues n'a rien d'ennuyeux. Sur la place principale, il y a un marché de Pâques, assez majoritairement alimentaire.
Parmi les spécialités tchèques, on notera tout particulièrement:
_ Les pierogis: raviolis fourrés à la viande ou aux légumes, cuits à l'eau chaude ou à la friture, et qui n'ont absolument rien à voir avec leurs cousins italiens, déjà parce qu'ici, c'est la Pologne (bande de moutons de Panurge prêts à tout généraliser ce qui pourrait vous simplifier la tâche, hein?), ensuite parce que la pâte est moins épaisse et la face bien plus abondante et slave: chou, champignons, fromage caillé, porc bouilli...
Ils en ont aussi des sucrés. Intéressants, mais pas indécemment flatteurs pour les papilles. Les pâtes sucrés, ça ne dépasse pas encore le niveau du simple divertissement.



_ Les fromages de brebis fumés au barbecue. Servis avec une sauce d'airelles, ils offrent un apéritifs savoureux à défaut de raffiné, surtout si on a la bonne idée de manger avec les doigts.










_ Des pâtisseries recouvertes de chocolat sans cacao, histoire de ne pas gâcher le goût du sucre et du beurre.

Après nous être bien rincé l'œil et flatté l'appétit sur le marché, nous prenons le chemin bien mérité de l'auberge de jeunesse où nous attendent Morphée, et le marchand de sable devant une bouteille de slivovice déjà bien entamée, dans un climat bon enfant de promesses larmoyantes et de déclarations hoquetantes.

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