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samedi 29 août 2015

Génration Y vs Génération Z

Appel reçu en numéro privé:
Inconnu enfant: Allô?
Moi: Allô?
IE: C'est qui à l'appareil?
Moi: Je pense que je peux vous retourner la question puisque c'est vous qui appelez... (En plus c'est pas la première fois que des gamins m'appellent en numéro privé. En 3 ans j'ai eu droit à des gloussements, des déclarations d'amour manquant un peu de poésie, des questions sur ma vie privée, restées sans réponse...)
IE: Ben moi je vous appelle parce que des potes ont appelé ce numéro hier et je voulais savoir qui c'était.
Moi: Mais je n'ai pas reçu d'appel de numéro privé hier. (Tiens, celle-là elle est nouvelle!)
IE: Mais c'était pour m'excuser, ils ont fait des blagues, ils ont déconné...
Moi: Ok... (Mais du coup, vous vous excusez aussi pour les autres fois?)
IE: Vous allez peut-être recevoir quelque chose plus tard, alors, ils ont fait les cons hier... je voulais m'excuser. (Un appel c'est plutôt direct en général...)
Moi: Ben dites-leur que vu qu'on ne se connaît pas, il vaut mieux ne pas m'appeler pour faire des blagues, hein? (genre j'imagine que c'est un argument crédible??? Bien sûr que c'est beaucoup plus drôle de faire des coups de fil anonymes à des anonymes! Tu fais un coup de fil anonyme à ta mère, t'es privé de dessert pendant 3 semaines!) Bonne journée, au revoir!
IE: Au revoir Madame.

Je me souviens pas avoir appelé pour m'excuser, moi. Ça tombe un peu à côté de la plaque, mais c'est gentil... Ou alors il/elle a perdu un pari...


dimanche 30 décembre 2012

Le fruit défendu

Le Pérou regorge de fruits plus inconnus les uns que les autres en Europe:
_ le lucuma à la chair sèche et moelleuse

_ le camu camu
_ le maïs noir, qui fait la fierté des péruviens et donne la chicha mora morada


_ le mini avocat (un peu amer?)



De tous ces fruits, je n'ai que de bonnes et belles choses à dire, ils sont délicieux et font découvrir aux papilles des univers nouveaux, leur permettant de voyager avec tout l'esprit et le corps.

Et puis il y a aussi les fruits qu'on connaît en Europe, mais qui sont très bons au Pérou:
_ le chrimoya à la douce saveur de poire

_ l'amour en cage

_ la mangue
_ la figue
_ la banane
_ la grenade
_ la papaye
_ le fruit de la passion ou maracuya

Bref, pour les amateurs de fruits, le Pérou offre un terrain passionnant.

Forte de cette certitude, un matin, je me rendis d'un pas assuré au marché, et comme d'habitude, je fis une pause au milieu de mes courses pour consommer une boisson à base de fruits ou de céréales. Les stands en proposant étaient légion, et j'avais toujours beaucoup de mal à choisir.
Je m'arrêtai finalement à celui qui proposait les boissons les plus sérieuses: pour les reins, le foie, la prostate, et tous les petits problèmes du quotidien, et lui demandai très sereinement un jus de noni.

Le vendeur n'en n'avait pas en stock, il partit immédiatement en chercher chez un voisin. Il revint quelques minutes plus tard avec un grand verre rempli à ras-bord d'un liquide épais et blanchâtre dans lequel je trempai les lèvres avec confiance.
Une tempête de toutes les saveurs les plus infectes envahit instantanément mon palais, et je jetai au vendeur un regard désemparé d'animal trahi. Goguenard, il me montra une carafe et m'annonça que quand j'aurai fini mon verre, il aurait de quoi me le re-remplir. En effet, une (excellente) coutume veut qu'au Pérou, lorsqu'on consomme une boisson dans la rue ou au marché, on vous resserve automatiquement un demi-verre ou un verre entier quand vous avez terminé le premier. En l’occurrence, cette nouvelle me désespéra.
Prenant mon courage à deux mains, je re-trempai les lèvres dans mon verre et avalai une gorgée. Imaginez un mélange de vomi, de moisi, de pourri, de vinaigre, de lait tourné, de chaussette longuement infusée, d'eau de flaque en ville, de liquide vaisselle, le tout légèrement fermenté, et donc piquant, et vous aurez une petite idée de la délicate saveur de ce fruit.
Après quelques tentative et le bel exploit de faire visiblement baisser le niveau d'un demi-doigt, je profitai que mon serveur ait le regard tourné, déposai mon verre et une pièce sur le comptoir et filai, penaude.
Le noni, mes enfants, c'est tellement infecte qu'il faudrait qu'on m'annonce que ça apporte la vie éternelle pour que j'accepte de reconsidérer la perspective d'en re-boire une gorgée! Et encore...

samedi 29 décembre 2012

C'est grave, docteur?

En France, de plus en plus de médicaments ne sont plus remboursés par la sécu, beaucoup de soins sont mal remboursés. Mais tout le monde peut avoir une sécu, même ceux qui ne cotisent pas parce qu'ils sont dans une situation délicate.
Au Pérou, avoir une assurance santé est un luxe. Ne pas être couvert est la norme. Il existe bien un régime public de sécurité social, auquel ont droit les citoyens péruviens, mais auquel n'ont pas accès les étrangers. Ils ne perdent pas grand chose, à ce qu'on m'a dit. Les hôpitaux publics ont très peu de moyens, on y est mal pris en charge, mal soigné, et on peut en repartir plus malade qu'on y est arrivé.


 Les Péruviens eux-mêmes les fuient autant que leurs moyens le leur permettent.


 La médecine privée est donc très développée. Un élève m'a expliqué un jour qu'il ne connaissait, ni parmi ses proches, ni parmi ses connaissances plus lointaines, aucune personne qui soit vraiment en bonne santé. Tous cultivent au fil des ans des problèmes chroniques, qui vont en s'empirant tranquillement: les dents, les yeux, les os, des carences, des infections, des problèmes respiratoires, etc. 
Car oui, même ceux qui peuvent se permettre "d'acheter de la santé" pour des problèmes ponctuels ne peuvent pas se l'offrir pour les problèmes chroniques.

Néanmoins, il existe plusieurs alternatives au médecin, au Pérou:
_ Les chamans. Nous en ferons abstraction car je ne dispose à leur sujet d'aucune information.
_ Les pharmaciens. En deux ou trois question, votre pharmacien vous fera un diagnostic et une prescription adaptée à votre situation: vous avez des boutons sur le ventre? une pommade anti-fongique! Mal à la gorge? Prenez vite des antibiotiques! Des soucis gastriques? Antibiotiques! Mal au genou? De l'anesthésiant! Vous toussez? Un tranquillisant et des antibiotiques!
Au Pérou, en effet, les antibiotiques se vendent comme les bonbons: à la demande. Sauf que les antibiotiques c'est mieux que les bonbons parce que ça ne ruine pas les dents et ça ne fait pas grossir!!
_ Les charlatans: ils feront l'objet d'un prochain article.
_ Les vendeurs d'herbes au marché. Au marché, chaque type de produit a son quartier. Du côté des herbes, c'est joli et ça sent un mélange de toutes les essences de plantes représentées. Des montagnes de bottes de feuilles et de fleurs attendent le client qui vient demander conseil aux marchandes: "j'ai mal aux reins!" "j'ai la digestion un peu lourde!"(mange moins de riz avec tes pommes de terre et moins de viande frite et tu verras ça ira mieux!!!) "je ne respire pas bien" (bizarre, moi aussi, dans les rues fréquentées et aux heures de pointe, j'ai du mal à respirer...) "je n'arrive plus à bouger un bras!"... Aussitôt, la marchande s'active, infuse, écrase, mélange et explique la posologie: "trois infusions de ceci, et enduisez-vous le soir de cela."

En France, nous n'avons de fleurs au marché que chez les fleuristes, pour la décoration et les déclarations. Au Pérou, il n'y a de fleurs au marché que pour se soigner... 


Beaucoup de personnes âgées viennent tous les matins au marché boire un dépuratif pour le foie ou pour les reins.
Sur l'efficacité de leur intervention, j'ai quelques doutes et peu d'informations: on sait que les plantes ont de grands pouvoirs, mais on ne sait pas ce que ces marchands savent de ces pouvoirs, ni du corps humain, ni de ses problèmes...  De toutes façons, ils sont beaux à voir, tout à leur affaire, au milieu de leurs plantes, comme des barmans pharmaceutiques! Au moins, l'effet placebo est garanti!!

vendredi 27 juillet 2012

Règlement de compte



Moins on voyage, plus on pense que le voyage, c'est que du bonheur. Les imbéciles heureux qui croient ça seraient alors bien en peine d'expliquer pourquoi ils ne voyagent pas, si c'est vraiment ce qu'ils pensent. Il est tabou, lorsqu'on part très loin, dans un pays très "exotique", de revenir et de répondre à la sacro-sainte question: "alors? ça devait être formidable, tu dois être trop triste de rentrer!!!" par un souriant "oh non!! je suis vraiment contente de rentrer, c'était vraiment pas facile tous les jours là-bas!"
La désapprobation qu'on lit dans le regard de l'autre nous rappelle qu'on vient de piétiner une convention coriace: un voyage doit être une parenthèse idyllique dans l'existence, qui nous rappelle qu'on est partout mieux que chez nous (surtout dans les pays lointains).
En fait, non.
Pour qu'un voyage soit beau, il faut:
_ être dans un état d'esprit d'ouverture et d'acceptation de l'inconnu et de l'aléatoire.
_ que le pays soit beau
_ que les conditions de vie soient cohérentes: peu de confort, beaucoup de temps libre, ou beaucoup de confort, peu de temps libre.
_ que les gens sur place soient prêts à vous recevoir non pas avec enthousiasme, mais avec une ouverture qui vous montre que vous êtes accepté en tant que personne, que vous serez respecté en tant qu'être humain et écouté en tant qu'individu. 
_ un climat pas trop pourri (mais ça c'est accessoire).

Tout ça, c'est le kit minimum auquel peuvent venir s'ajouter plein d'éléments selon les lieux, les gens, les moments.

Et lorsque ces éléments ne sont pas réunis et que le voyage devient souffrance, ça ne sert à rien de fustiger du regard celui qui vous dira qu'il a raté son voyage, et qu'il est ravi de rentrer.

J'ai beaucoup hésité avant d'écrire ce message, parce qu'il ne vous fera pas rêver. Peut-être même qu'il en fâchera certains. Tant pis, moi aussi j'ai été un peu fâchée.

Au Pérou, j'ai vu de très belles choses, goûté de très bons plat, découvert de nouvelles saveur, vécu de nombreuses expériences nouvelles. Parmi ces expériences nouvelles, j'ai découvert qu'on peut se sentir mal accueilli dans un pays, et que c'est une sensation douloureuse.
Au Pérou, je n'ai pas rencontré que de mauvaises personnes, mais étrangement plus qu'ailleurs, et je n'ai pas vécu que de mauvaises journées, mais j'ai souvent été confrontée à une sorte de fermeture et d'agressivité banales qui m'ont fait me sentir bien souvent de trop. 
Alors voilà, de mon expérience au Pérou (qui somme toute n'engage que moi), j'ai retiré l'impression que les péruviens sont des personnes fermées, peu avenantes et intéressées bien plus par l'argent que par l'humain (n'hésitant pas à sacrifier un ami pour gagner 3 soles, alors même qu'ils sont clairement plus riches que l'ami sacrifié). Ce qui vient de loin leur semble inopportun dans leur beau pays, et ils mettent à le lui faire sentir un soin qu'ils ne mettent dans aucune autre action de leur vie, puisqu'ils travaillent souvent avec un laisser-aller qui montre à quel point ce qu'ils font les ennuie viscéralement. Dans le tourisme, c'est gênant. Ils cachent si peu leur avidité envers les moyens financiers qu'ils supposent infinis chez les étrangers qu'il devient difficile de profiter sincèrement des services qu'ils consentent ensuite à réaliser ou des superbes objets d'artisanat qu'ils leur proposent, coupant ainsi toute spontanéité et toute curiosité des touristes à leur égard.
Si vous comptez visiter ce pays, prenez en compte ce pessimiste avertissement, qui sera je l'espère contredit du tout au tout.
Je garderai pour ma part un très bon souvenir du pays, un très mauvais souvenir de ses habitants. A charge à eux de me prouver que je me trompe.

jeudi 24 mai 2012

cobrador à Arequipa: un métier en or!

Le chauffeur choisit son cobrador: femme, fils, ami, voisin, neveu, petite-amie, ...  Il existe souvent un lien de sentiments entre le chauffeur et son cobrador que les passagers ignorent. Parfois on peut le deviner. Parfois ça se passe d'ailleurs très mal, et parfois il n'y a rien à faire pour le découvrir.

Chaque cobrador a son propre style:
Le fier cobrador du matin, accroché à sa combi comme un trapéziste à son trapèze
_ le romantique: jeune cobrador aux ongles longs, qui marque le rythme de la chanson à la radio avec les pieds, le regard dans le vague, les cheveux au vent, debout sur la marche de la porte grande ouverte.
_ la lolita: jeune, plutôt jolie, rêveuse, elle fait son travail avec professionnalisme et discrétion, sans rien y mettre de personnel, mais elle dévore des yeux le chauffeur et ne rate pas une occasion de rire avec lui. Quand la combi n'est pas trop pleine, elle vient s'assoir à coté de lui, les mains sagement posées sur les genoux, visiblement heureuse d'être la reine de la combi.
_ le kamikaze: mal coiffé, jeune, nonchalant, il laisse passer une jambe par la porte ouverte pour sentir le vent, ou en pleine vitesse, en plein tournant, il sort l'ensemble de son corps de la combi ne tenant plus que par un orteil et un bout de doigt, pour passer par la fenêtre un papier au passager, qui le passe au chauffeur.
_ les trop petits cobradores: ils ont assurément moins de 10 ans, et avec leur gilet de cobrador bien trop grand pour eux, ils bandent leurs forces pour ouvrir et fermer la porte rapidement, ils tendent le bras aux vieilles dames, ils invectivent les passagers qui bouchent le passage, et ils suivent d'un regard qui en dit long les autres enfants sur le trottoir avec leur parents, qui mangent des glaces d'un air blasé.
_ les cobradores fatigués: ils ont entre 30 et 40 ans, je suppose, mais ils en paraissent bien 15 de plus. Ils n'ont plus la rapidité, mais ils ont l'endurance et le regard aiguisé. Ils n'ont d'ailleurs aucun scrupule à dévisager longuement ceux dont les visages leur semblent intéressants. Ils parlent peu, ils accomplissent leur travail platement, économisant les marques de personnalité pour les bonnes occasions: une voisine qui monte, un bébé qui gazouille, la même gringa qu'hier qui monte à la même station et s'éclate une fois encore le crâne contre la trop basse porte de la combi...
_ le débutant: il a sans doute commencé depuis peu, et il veut faire bonne impression, alors il crie, il se fatigue, il a des coups de stress et les fait passer sur les passagers. Le chauffeur lui donne de temps en temps des indications: "parle", "plus vite", "ferme". Il peut alors crier le nom des stations pendant plusieurs minutes sans s'arrêter, puis déambuler entre les passagers pour leur indiquer personnellement comment ils doivent se placer pour économiser le plus de place...
_ le sentimental: Il annonce les stations et demande: "alguien baja?" (quelqu'un descend?), "alguien"? il attend un peu, inquiet. "Alguien?" Quelques secondes plus tard, la voix brisée, il se rend à l'évidence: "Nadie" (personne), et il répète, d'une voix de désespoir incrédule: "nadie", et chaque "nadie" est comme un déchirement supplémentaire. On croirait entendre Bambi appeler sa mère  après l'accident de chasse. Alors, anéantit par la déception, il va s'assoir au fond de la combi pour digérer sa douleur, prostré.
_ le disco: il est jeune, il est branché, il est souple et sportif, et il porte en lui toute la joie de la jeunesse. Il danse sur le marchepied, il entonne les chansons avec autant d'entrain que de fausses notes, il ne s'intéresse pas vraiment aux passagers, mais passe un certain temps au téléphone avec des amis.
_ l'adolescente ingrate: elle est énorme, elle est jeune, elle passe sa journée à voir défiler des gens dans la combi, plus minces, plus sportifs, plus riches (enfin pas trop quand même, sinon ils ne prendraient pas la combi), alors elle est blasée, elle regarde dehors, et de temps en temps, elle se permet de déshabiller quelqu'un d'un regard carnivore.
_ le chat de gouttière: balafré, sérieux, un peu agressif, le regard vitreux et patibulaire, on aimerait mieux ne pas avoir à le rencontrer ailleurs que dans la combi. Il annonce les stations qu'il a envie d'annoncer, il rend la monnaie quand il veut, il vous gueule dessus avec obstination quand on n'est pas placé comme il veut, mais il se faire incendier par le chauffeur quand il ne va pas assez vite.  

Voici une liste non-exhaustive des cobradores tels qu'on les voit tous les jours dans les combis. Le Pérou regorge de métiers précaires et durs, et les cobradores ne sont pas en reste dans ce domaine, mais ils ont le mérite d'être la petite touche d'humanité qui nous accompagne dans nos déplacements quotidiens.

Les cantines d'Arequipa

Dans le quartier de l'école où nous travaillons, souvenez-vous, il y a une université. Or, qui dit université dit moult jeunes affamés à nourrir à midi. 
J'avais d'abord pensé qu'il était très difficile de se nourrir correctement dans notre quartier. En effet, les rues regorgent de petits boui-boui qui proposent pour des prix très décents quantités de mets frits à l'huile de moteur et mêlant artistiquement le gras au gras, avec une subtile touche de salé. 
Mais si on prête un eu plus attention, on découvre derrière les portes et les auvents des régiments de petits restaurants qui offrent tous les même type de repas pour le même prix. 
En général, le repas coûte 5 soles. Les étudiants peuvent d'ailleurs prendre pension dans le restaurant de leur choix. 
Le menu change chaque jour et tous les restaurants proposent chaque jour quelques plats en commun et quelques plats spécifiques. Ils proposent en général une entrée ou soupe (sur un choix de 1 ou 2 soupes, et 1 ou 2 entrées), un plat principal (à choisir dans une liste qui en propose entre 5 et 10 différents) et une boisson chaude ou froide. Certains proposent aussi un petit dessert. 
Le menu d'aujourd'hui: 2 soupes, 2 entrées, et 10 plats. On devrait tous y trouver notre bonheur (surtout s'il y avait plus souvent au moins un plat sans viande!!)
 La salle à manger, ou les salles à manger, ça dépend des restaurants, se compose d'une réunion de petites tables de 2 ou 3 personnes, car les habitués viennent souvent seuls ou en tous petits groupes (de 2 ou de 3 personnes). On trouve aussi bien des étudiants que des employés des proches entreprises, ou des personnes âgées vivant dans le quartier.
Le comedor juste avant l'arrivé de la foule!
 Certains restaurants ont des services additionnels mais non-optionnels: télé, musique, ... J'aurais une petite préférence pour ceux qui n'offrent que la somme des bruits de conversation, de service et de mastication, mais ils sont minoritaires.
Entrée: papas a la hancaina (une de mes entrées préférées ici!!)
 Manger dans ces petits restaurants permet à la fois de manger varié et presque sainement tous les jours (si on considère qu'un plat de riz nature et pommes de terres frites est un plat sain), de manger en quantité honnête (d'habitude, les portions sont correctes), mais aussi de découvrir les spécialités de la gastronomie péruvienne, les habitudes et les coutumes péruviennes sans avoir pour cela à courir les restaurants chics et chers.Les cantines ne sont résolument pas chiques: on mange avec des couverts mous dans des assiettes en céramique blanche, on boit dans des verres en plastique des boissons conservées dans des bassines en plastique, et les serveurs vont et viennent entre les tables en survêtement, discutant avec certains clients, écoutant d'une oreille distraite la commande d'un autre...
Avec une touche d'épices, de bruit, et un bouquet de malentendus entre les serveurs et nous, manger dans les cantines du quartier est vite devenu une habitude dont il nous coûtera de nous défaire une fois quittée "la ville blanche".

A volonté: sauce piquante, sauce douce, citrons verts... 


lundi 21 mai 2012

... cobrador à Arequipa


Parmi tous les métiers de rêve qu'on trouve à Arequipa, il y a incontestablement celui de cobrador.

Si le chauffeur est le cerveau de la combi, le cobrador est la main, et c'est bien souvent lui qui donne le ton du voyage.
Le chauffeur grommelle, change de radio, freine, klaxonne, accélère brutalement pour freiner 15 mètres plus loin dans un nuage noir de gaz d'échappement et de pneus brûlés... C'est lui qui décide du rythme, mais sans le cobrador, il serait aussi impuissant qu'un manchot sans pattes.
Le cobrador connaît son chauffeur, sait comment il conduit, et penché par la porte ouverte de la combi, il fait avec la main tous les signes que le chauffeur ne fait pas: signaler qu'on va doubler, signaler à la voiture qu'on va se rabattre et que si elle ne freine pas rapidement, on lui éclate son rétroviseur, avertir qu'on va tourner même si les autres véhicules ne nous laissent pas passer... Le bon geste au bon moment, c'est à ça qu'on reconnaît le cobrador aguerri.
On peut en effet tomber sur un cobrador nouveau (peut-on dire "stagiaire?): le chauffeur lui fait alors régulièrement des remarques: "parle!" (pour lui rappeler qu'il doit annoncer les stations, rappeler aux gens de se manifester un peu avant leur station, et réclamer les paiements à temps, "plus vite!" (pour lui faire savoir qu'il est responsable si les passagers montent et descendent trop lentement), "ferme!!" quand il y a tellement de monde qu'on ne peut pas prendre un chiot en plus. Mais en général, quand le chauffeur crie "ferme!", le cobrador est déjà lui-même accroché à la poignée extérieure, l'ensemble du corps penché hors du véhicule, à la merci du moindre poteau, ou tout objet passant un peu trop près. Fermer la porte serait probablement sa priorité s'il pouvait écraser à l'intérieur du véhicule les quelques gros plein de soupe qui ruminent en prenant plein de place sur la plateforme.
Un soir de pluie intense, j'ai vu le malheureux cobrador accroché à l'extérieur, trempé comme une soupe, se faire insulter par les passagers auxquels il demandait de se serrer un peu et finir par courir à côté pendant une ou deux stations.
Car le cobrador a aussi la charge:
_d'organiser l'espace dans la combi. Il est fréquent qu'il prenne un passager à parti pour lui demander de mettre son sac sur le ventre, d'avancer vers le fond ou de se serrer contre son voisin (on pourrait proposer la même chose dans le metro parisien). Selon le degré de stress du cobrador, cela peut être assez discret ou franchement irritant "amigo, apease por favor!! Amigo, baja la mochila! Amiga, un poquito màs a la derecha...." (Mon ami, serre-toi un peu, s'il te plaît, mon ami, baisse ton sac, mon amie, un peu plus à droite, ...)
_ de récupérer les paiements. Si on n'a pas la monnaie exacte, la course coûte 80 centimes. Si on a la monnaie exacte, on peut payer 70 centimes. Pour les enfants scolarisés, c'est 40 ou 50 centimes.
Le cobrador doit se souvenir de qui a déjà payé, qui non, et de où vont les personnes qui lui ont demandé de les avertir au moment de leur arrêt. C'est pas très intellectuel, comme compétences, mais il faut tout de même une sacrée présence d'esprit pour y arriver!

jeudi 26 avril 2012

Hecho en Perù

Faire ses courses au Pérou peut être un peu déroutant pour un occidental un peu formaliste, car ici, les supermarchés sont peu nombreux, et ne détiennent pas une part de marché aussi significative qu'en France.
Il existe 4 chaînes de supermarchés à Arequipa: Super, Plaza Vea,Tottus, et Wong.
Mais beaucoup de gens préfèrent faire de petites courses dans les innombrables tienda qui parsèment les rues.
N'importe qui pourrait avoir une tienda: il suffit d'ouvrir une pièce de sa maison et de la remplir de produits.

Cependant, que l'on fasse ses courses au supermarché ou dans une tienda, quand on vide son sac de provision chez soi pour ranger le fruit de sa chasse dans ses placards, on est forcément frappé par quelque chose: presque tous les produits se vantent d'avoir été fait au Pérou.







Il existe plein d'estampilles mais l'idée est toujours la même: achetez péruvien!!
Mon savon, mon torchon, mon beurre, mon lait, ma farine de lucuma, mes épices, mon papier toilette, mon thé, même notre mixeur: tout est "hecho en Perù".
J'aime bien savoir que je mange et vis local à toute heure du jour!

mardi 3 avril 2012

Arequipa de problème

Avant, la rue était normale, et un matin, j'ai ouvert la porte et c'était comme ça. Soit.

La logique, c'est une option parmi d'autre. Mes voisins ne l'ont pas prise.

mercredi 21 mars 2012

Arequipacifique

Aujourd'hui, je sors de chez moi, et je remarque qu'il souffle comme un air de contestation sur les rues silencieuses.
Silencieuses?
Pas de hordes d'enfants en uniformes, pas de combis traînant leurs nuages de carbone, pas d'agression des tympans au klaxons, ... Mais que se passe-t-il aujourd'hui à Arequipa?

Hier, ma responsable m'a prévenue: "demain c'est la grève des combi, évite de te promener dans le centre parce que c'est souvent assez musclé ces journées. Les flics bloquent les rues principales et les manifestants font des batailles de pavés."
Il y a une semaine, un élève m'avait dit que les jours de grève, les pacifiques aréquipéñens se transforment en furies qui brûlent des montagnes de pneus et cassent les vitrines.
Aujourd'hui, les rues sont tellement silencieuses, l'air tellement plus pur qu'il me vient en allant à l'école à pied (mais quel plaisir de marcher 45 minutes au soleil dans des rues calmes, dans un air presque pur!) une tendre pensée pour la hausse des prix du pétrole et les conditions ignobles dans lesquelles travaillent les employés des compagnies de transport.
À l'école, les couloirs sont vides. Beaucoup de cours sont annulés, et les professeurs présents, peu nombreux, se sentent des envies de faire cours autour d'un barbecue, en tongs, et en faisant risette avec notre lapin Léon.
La rue est vide, beaucoup de commerces sont fermés, et notre voisine, l'université "Catolica" n'a même pas considéré comme pertinent d'ouvrir ses portes. Les gens se lancent des regards étranges:
- "et toi, que fais-tu ici en ce jour de grève?"
-"Comme c'est déroutant, ce silence... Ne te sens-tu pas un peu naufragé?"
- "Allons, nous sommes si peu nombreux dans la rue, ne me fais pas mal!"
-"Je suis un héros, tu es un héros, nous sommes des héros, nous sommes sortis, nous avons continué à faire vivre les apparences! Yeeaaaah!"

Et pendant ce temps, le centre est-il à feu et à sang? Ce matin, des cordons de policiers armés jusqu'aux dents, dignes frères de nos CRS, attendaient d'un pied ferme les petits rigolos qui voudraient jouer à la balle au prisonnier avec des pavés.
En tant que parisienne, j'en ai vu des grèves, et je trouve que les péruviens font preuve d'un grand sérieux et d'une grande efficacité en la matière.
Que l'inventeur de la grève, celui qui eut un jour l'idée de dire: "ben tient, puisqu'on ne nous écoute pas, si on arrêtait un peu de travailler, pour voir?" ne s'inquiète surtout pas, son invention a encore de très beaux jours devant elle!

mercredi 15 février 2012

Si Mozart savait!

Oh ! Qu’il est mignon d’être un étranger récemment arrivé. On est comme un enfant à qui on peut tout faire 
croire.
Je me sens exactement comme une petite fille qui vient d’apprendre que le Père Noël n’existe pas. Mais la réalité que j’ai découverte en échange est si intéressante qu’elle paie bien le ridicule de ma désillusion.
Voilà en quelques mots une bonne occasion de rire.
Lorsque je venais d’arriver, je vous ai fait envie à tous avec mon histoire de Mozart joué par dessus les toits du quartier. Je trouvais juste un peu étrange que le même morceau soit joué si longtemps, toujours de la même façon, et à des intensités de son très variables, et qui semblaient se déplacer. Je me disais : le vent tourne beaucoup par ici !
Et puis au fil des jours, le même scénario s’est répété tous les matins et j’ai fini par douter de cet élève consciencieux qui jouait très bien mais continuait à répéter fenêtre ouverte plusieurs heures tous les matins.
Un matin, je suis arrivée à mon arrêt de combi habituel, et je l'ai trouvé habité d’une activité inhabituelle. Des enfants sortaient en courant de leur maison avec des sacs poubelles, des personnes âgées sortaient avec deux ou trois sacs en traînant des pieds... de toutes parts on semblait très pressés de sortir ses ordures. Et soudain, Mozart sortant à fond de ses hauts-parleurs, il a surgit de l’angle de la rue, dans un nuage de gaz d'échappement, tout vert : le camion d’ordures. Eh oui mes amis lecteurs : Mozart le matin, ce sont les éboueurs qui vous avertissent que si vous voulez vous débarrasser de vos sacs poubelles, c’est maintenant ou demain.
J’ai été prise d’un fou rire à ce spectacle.
Mon fou rire a redoublé quand entre deux interventions de Mozart, c’est une chanson vaguement folklorique avec une voix de crécelle ventant les mérites d’une ville propre et heureuse, sans ordures, parce que les jeter dans la rue, c’est pas bien, qui a retenti.
C’est tellement kitch que je ne vois aucun commentaire à ajouter, à part qu’on rigole bien chez moi, à défaut de respecter les génies des temps passés. Je leur suggèrerais bien « l’air de la reine de la nuit », ou le « dies irae », pour varier un peu...
En discutant avec une aréquipéenne, j'ai d'ailleurs appris que chaque quartier avait sa musique. Au moment de Noël, ce sont des chants de Noël. Dans le centre ville, ils ont passé la musique de la Petite Sirène, puis celle de Harry Potter, quand les méchants arrivent (mais ça faisait peur à tout le monde) et maintenant, une chanson romantique.   
Les rues de la ville sont très propres : pas de poubelles qui traînent deux jours sur le trottoir parce qu’on s’est trompé de jour, pas de bacs suintant pendant trois jours avant d’être vidés. Il est n'est pas très bien vu de mettre ses sacs poubelle dans la rue. C’est Mozart ou rien du tout. J’adore !!!!!!!





lundi 6 février 2012

It's raining again


Ici, c’est l’été. Normal, nous sommes de l’autre côté de l’Equateur (de l’autre côté par rapport à ceux qui sont de l’autre côté, bien sûr !)
La preuve, c’est que les enfants sont en vacances pour deux mois et que les familles sont presque toutes à la plage Je ne connais la ville que déserte. Mais à part ça, il n’y a pas beaucoup d’indices d’été tel que je le connais, parce qu’il pleut tout le temps en ce moment. Le ciel, bleu et ensoleillé quelques heures par jour finit toujours par se couvrir de gros nuages gris, et Arequipa devient Paris. En quelques minutes, il fait sombre, triste, froid, et il pleut des cordes qui ruissellent le long des rues dépourvues de système d’évacuation (sinon c’est trop facile), et il ne sert plus à rien d’espérer visiter la ville. 
Vous aurez de belles photos ensoleillées lorsque la saison des pluies sera finie. En attendant, je cuisine, je nettoie, je compte un peu les heures et les couches de pulls, et je regarde le coucher de soleil rendre soudain l’homogène ciel nuageux et gris orange, puis rose, puis rouge, puis noir (« et pour qu’un ciel flamboie, le rouge et le noir ne s’épousent-ils pas ? »)

jeudi 2 février 2012

On ne badine pas avec l'amour

N'ayant pas encore internet, il faut attendre un peu entre chaque nouvelle dépêche.
Mais voici qui devrait vous permettre d'attendre dans la joie et la bonne humeur:
Au Pérou, la Saint-Valentin est un jour férié. Et comme la Saint-Valentin tombe un mardi, le lundi est férié aussi pour faire le pont.
C'est Cupidon qui doit être content!!

vendredi 8 octobre 2010

pasan los tiempos, pasan los metros

Bueno,
se quejan los hispanohablantes que suelen pasar por este blog de vez en cuando de que encuentran cada vez menos artículos en castellano. Algunos amenazaron con abandonarlo.
Eso no. No puede ser.
Desde hace unos meses, Francia esta cortando todos los puentes con todos los pueblos: alemanes, africanos, romanos, ... no se puede cortar uno más, ¡con los españoles!
Por eso, les voy a contar el metro de París. En París, el metro es un imprescindible monumento. Quizás no lo sepan, es muy antiguo: la primera línea fue construida en 1900 para la Exposición Universal. El metro desde hace ya mucho tiempo forma parte integral de la ciudad.
Yo, normalmente, permanezco entre 1:30 y 3 horas en los trasportes cada día. Son algo así como 15 o 18 horas a la semana.

En el metro encontraran:

_ Personas que no suelen tomar el metro: son los extranjeros, los provincianos, ricos en perdición, personas mayores, niños. Estos son lentos, asombrados, tienen ojos y orejas abiertos, hacen comentarios y preguntas todo el tiempo. Siempre parecen un poco perdidos.

_ Personas que se pasan tanto tiempo en el metro que experimentan cada viaje cómo un sueño, una ocasión más para escaparse. El problema es que a veces, no regresan nunca a si mismos. Estos, si que se pueden perder.

_ Personas que de hecho viven en el metro porque fuera hace frío y no tienen casa. Estos están ya perdidos.

Es extraño enterarse de que cuanto más conoces el metro, más peligro corres de perderte dentro.

Hablando de perdición, tenemos ahora en el metro a una especie en vías de extinción: los "roms", cómo los llamamos aquí. Suelen pasar de un metro a otro todo el día para pedir limosnas.

Antes, durante un día afortunado, se podía encontrar a toda la familia:
_ Los niños, que tienen entre 4 y 10 años. Van en grupos de 2, 3 ó 4. Están a gusto en este entorno, cómo peces en el agua. Pasan por los huecos más pequeños entre las viejas y las mochilas. No hablan con la gente. Se nota que no les interesamos, pero tienden la mano con insistencia. Todavía les queda frescura y espontaneidad, pero de inocencia, nada, cómo si nunca hubieran tenido. Son algo así cómo un improbable cocktail de cinismo y animalidad.
_ Las chicas: tienen entre 13 y 17 años. De vez en cuando, llevan con ellas un niño pequeño o un bebe. Una vez, una de ellas, podía tener 13 o 14 años, estaba pidiendo limosna con otra chica de su misma edad, pero sin niño. Una mujer dijo en voz alta: " ¡Y seguro que el hijo ni siquiera es suyo!" La chica la miró con aire feroz y le preguntó a su compañera: "¿Qué dice la dama? Le gustaría más que el bebe fuera mio? ¿Es eso?"
_ Los hombres: Llevan una guitarra o un acordeón, y los más afortunados también una caja eléctrica llena de música con los temas de karaoke de las canciones francesas y españolas más famosas. Destrozan dos o tres canciones antes de pasar entre las sillas con un vaso de plástico para cosechar el dinero. No miran a nadie, no hablan, sino unas palabras que dicen cómo al aire: "buenos días, por la música, gracias..."
_ Las viejas: Se nota que cuidan mucho su aspecto de brujas. Una cara dolorosa y siniestra, un cuerpo retorcido, la ropa sucia, larga, triste, un pañuelo... cojean entre los pasajeros susurrando para si mismas: "que tengan suerte, guapa, maldita, no tengo nada, para los nietos, pequeños, enferma, no casa...", o palabras de otros idiomas, o formulas mágicas, maldiciones para nosotros, que tenemos casa y dinero, pero no poderes, no tradición ancestral de movimiento eterno, ni distancia con la vida y sus avatares.



Ya no pasa la familia entera en el metro. De vez en cuando vemos a la vieja o a un niño que andan solos, más miserables y lejanos de nosotros que nunca, pero más misteriosos y cínicos que nunca.

dimanche 11 juillet 2010

Une petite gâterie?


Les tchèques sont peut-être des branques en pâtisserie, mais ils ne manquent pas d'humour!

mercredi 16 juin 2010

Tchèque à bien regarder


A partir du mois de mai, la campagne tchèque commence à devenir superbe. Les arbres justifient leur encombrante présence par des débauches de feuilles, les champs jettent enfin un pudique voile de pousses tendres sur leur nudité grise qui devenait insupportable avec le temps qui passait, les pelouses se laissent pousser des dreads locks, et dans les vitrines des magasins, c'est en bouquet qu'éclosent... .... les photos des classes de bacheliers.

En dernière année de lycée, on apprend à soigner son image. Ce sont de vraies campagnes de publicité que mènent les lycéens:
_ choisir une idée originale et fédératrice (je suis sûre qu'ils s'arrachent les yeux à moults reprises au cours de ce processus).
_ trouver un proche qui a un voisin qui connaît une fille dont la tante par alliance a une boutique dans la rue parallèle à la rue commerciale, et qui accepterait peut-être, si on le lui demande très gentiment, d'afficher le panneau de la classe.
_ trouver un lieu, du matériel et des costumes pour faire de belles photos (pas du kodak jetable flou).
_ éditer les photos. Mettre en page. Découper, coller, afficher.
_ faire savoir aux proches dans quelle boutique on a réussi, moyennant plusieurs semaines de chantage émotionnel à refourguer son trombinoscope stylisé.

Chaque panneau a donc une ambition commune: présenter les bacheliers sous leur meilleur jour, et une thématique propre à chaque classe: vampires, vamp, bébés, pompiers, punks, rockers, look de l'Amérique des années 20, baignoire et canard en plastique, classique, ...
Tous les styles sont représentés, avec une nette prédilection pour les pires, mais pas que, soyons honnêtes.






A mon avis, les deux qui souffrent le plus de cette coutume, ce sont le directeur du lycée et le prof principal de la classe, parce qu'ils sont systématiquement sur les panneaux, devoir de représentation oblige, et doivent assumer de voir leur bouille entourée de lycéens en couches culottes, de fillettes en string, d'adolescents pubères avec des gros cigares au coin des lèvres, haussant les épaules et baissant les paupières d'un air blasé, ...


La troisième photo reste ma préférée. Surtout avec la vieille qui passe.
Non seulement les murs ont des oreilles, mais ils ont des yeux, des bras, des sourires, des minijupes, des chaussures, et pas mal de talent!

lundi 24 mai 2010

Cantine du lycée


La vie sociale des élèves en dernière année de lycée.

J'espérais pouvoir échapper à la rédaction d'un article sur ce sujet, mais les évènements ne me laissent plus guère le choix, et il devient inévitable d'en toucher trois mots aux français cartésiens et rabats-joie, infédérés et gouailleurs que nous sommes (enfin, surtout vous).

Le lycée en République Tchèque est explicitement élitiste. On y entre sur concours, et selon qu'on est très bon ou juste bon, on fait un lycée de 6 ans ou de 4. Le lycée de 6 ans commence deux ans plus tôt que celui de 4.
La dernière année du lycée, qu'il soit de 4 ou de 6 ans s'achève sur le baccalauréat.
"Comme chez nous", me direz-vous. Et vous venez de perdre une bonne occasion de vous taire. Car non, pas comme chez nous.
Ici, le baccalauréat est organisé et corrigé par les professeurs du lycée. Chaque élève passe 4 matières de son choix. Il y a des épreuves écrites, des épreuves orales, des dossiers à rendre, et de façon générale, les professeurs sont les premiers contrariés quand un élève se plante, puisque cela revient à constater qu'il a échoué, et jète l'opprobre sur tout l'établissement. Notre lycée oscille entre 99% et 100% de réussite au baccalauréat.

Au menu de cette très importante dernière année du lycée en République Tchèque, on trouve:

_ Une salade de rubans sauce du chef, avec son accompagnement de professeurs et de cadeaux.

_ Un grand bal au rhum (et autres liqueurs) avec tenue de soirée, films de présentation de chaque classe, généreusement arrosés de pièces de monnaie et de "money money" alla Abba (ça porte bonheur, dit la tradition, et ça permet de payer une partie des consommations de la soirée), parents à l'œil mouillé, professeurs bourrés façon porc à l'ancienne, spectacles de danse en kitsch. Chaque portion est servie jusqu'à 2h du matin, précises.

_ Clafoutis "dernière sonnerie": méli-mélo de costumes (au choix: pirate, militaire, infirmière, pilote, aventurier, wookie, cow-boy, oiseaux divers et variés, sorcières, ...), servi dans son couloir de classe le vendredi matin, avec sauce au parfum bon marché, vinaigre, pluie de paillettes, cris, chants, sifflets, et quête plus ou moins forcée à tous les professeurs rencontrés. Servi de 8h à 10h dans le lycée et de 10h à 16h dans les rues de la ville (quête aux badauds: avoir un max de thunes pour faire une super méga teuf pour fêter l'inévitable obtention du bac par toute la classe).
En supplément: tag systématique des élèves plus jeunes du lycée.

Menu servi avec boisson à volonté.

Ici, le lycée a pour fonction explicite de faire de ses élèves des citoyens accomplis, épanouis socialement et personnellement. Ce commentaire n'est qu'à demi ironique. Il est aussi ridicule, à mes yeux blasés, d'organiser tant de démonstrations fédératrices et chaleureuses tout au long de l'année scolaire pour célébrer un évènement dénué de tout suspense qu'il est triste de ne rien faire, rien célébrer, rien acclamer en France, au cours d'une année souvent difficile, et qui marque pour beaucoup le début d'une bonne dizaine d'années de galère. Non?

(photo 1: Prague vue depuis le château
photo 2: Prague, parc)