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mercredi 2 septembre 2015

Métro métro métro

Bribes de métro (parce qu'il faut bien admettre que c'est là qu'on vit les instants les plus creux et les plus marquants de la vie quotidienne du parisien!)

Le plus beau:
Versailles Chantier, heure de pointe.
Après 3h en sous-sol à parler voiture, restaurant, vacances et sport avec de parfaits inconnus, j'étais assez pressée de rentrer chez moi. Mais voilà, sur mon passe navigo, il n'y avait que deux zones, et pour 24h encore, il en fallait 4 pour rejoindre Paris.
D'habitude, les bornes de la gare de Versailles-Chantier sont plutôt rapides d'accès. Il y a peu de monde qui s'y arrête. Mais aujourd'hui, c'était la cohue, toutes les bornes s'étaient munies de branches humaines qui frémissaient doucement au fil des arrivées et des départs de train. Et comme la loi de LEM (l'emmerdement maximal) s'applique surtout quand on a très envie de rentrer chez soi, la file que j'avais choisie était bien entendu la plus lente.
Deux dames avaient avec la borne un interminable dialogue visiblement fondé sur une mutuelle incompréhension. Indéfiniment elles recommençaient leur requête et les autres queues avançaient, mais pas la mienne. Je commençais à devenir nerveuse, mon train passant dans 7 minutes, j'avais encore 5 personnes devant moi. Des envies de violences, des bouffées meurtrières commençaient à me chatouiller les naseaux, et piaffant, j'allais m'installer dans la file la plus courte. Le contrôleur à côté me dit au passage: "elle ne prend que les espèces".
Aaaaah... c'est pour ça que c'est la plus courte! Je n'avais pas un euro sur moi. Je repars dans ma file, piteuse, mais n'y reste pas longtemps, car l'envie de vaporiser sur les murs les deux monolithes qui avaient pris place devant la machine m'aurait conduite à perdre encore plus de temps. Je courrais vers une autre file. Qui se mit à bloquer à son tour. Horrifiée, je constatai en observant le client avant moi que le lecteur de cartes bleues était en panne. J'alpaguais alors avec désespoir un contrôleur:
"Monsieur, excusez-moi, j'ai déjà attendu dans plusieurs files, la machine ne prend pas les cartes bleues, je veux juste un complément de parcours et mon train pour Paris va partir, je fais quoi?"
Voyant sans doute en moi l'angoisse de la biche qui voit fuir au loin l'horizon salvateur alors que la poursuivent les chasseur, le contrôleur me regarde et me dit d'un ton énigmatique: "Suivez-moi". Il s'approche des tourniquets et ajoute en se penchant pour faire sonner son passe à la barrière: "Tous les contrôleurs sont dans le hall, vous serez tranquille. Et puis si on vous dit quelque chose, vous direz que c'est Thomas J qui vous ouvert." Grand sourire carnassier. "S'ils ne vous croient pas, vous direz que c'est le plus beau!". Mon train "à l'approche n'attendait plus que moi!

Le fou rire
Il y a quelques  années, j'étais dans l'heureuse et insouciante période où l'on n'hésite pas à sacrifier un été pour un job d'été parce qu'on trouve que c'est encore un peu des vacances d'aller faire le larbin pour un salaire de misère dans dans conditions lamentables, et, épuisée (et un peu blasée), vers 22h30, je rentrais d'une loooooooooongue journée de travail.
Sur la ligne 6, assise, j'avais le cerveau et les yeux dans le vide lorsqu'il se passa quelque chose. Quoi? Une secousse? Un bruit? Je ne m'en souviens absolument pas, mais mon regard croisa celui du parfait inconnu qu'était mon voisin d'en face et un sourire naquit de part et d'autre, qui alla en s'élargissant, et sans même nous en rendre compte, nous basculions dans le fou rire, que chaque nouveau regard ranimait et relançait.


Le visage de ce voyageur? Aucun souvenir. Mais alors ce fou rire, il me restera bien longtemps ancré dans la mémoire, îlot de repos perdu dans l'océan des voyages insignifiants qui jalonnent mes journées de parisienne.

jeudi 27 août 2015

Retour de voyage

Rentrée depuis quelques temps maintenant, je découvre avec un agréable étonnement que la routine ne s'installe pas encore et qu'on peut prendre racine sans boire la tasse dans le fade bol des habitudes.
 Plus que ça, il y a un plaisir certain à découvrir que le monde paraît encore plus grand lorsque, changeant de point de vue, je décide de voir mon jardin comme une jungle où poussent les chênes et les avocatiers.
 Le passage du temps n'est plus rythmé par l'ouverture et la fermeture des valises mais par l'ouverture et la fermeture des pétales sur mon balcon. Ce que j'ai perdu en exotisme, je l'ai gagné en poésie.

 Quant à Luna, je lui donne la parole, car elle a un message, un appel, un cri du coeur à délivrer au monde:
"_ Hola a toudos, yé souis touyour Luna, et ça né va miou dou tout avè la sicopata de Mariolaine, qué mainténan, elle mé pren pour oune pélouche, que peut-être yé poux vivre dans oune stoudio, moi!
Yé souis encore jeune et belle, très cariniosa et tendre, yé pense qué yé mérite miou, alors si tou es oune maître ientil, riche, qué tou vi dans oune maison grandé avè oune iardin où les oisseaux ils vivent houreux et pas trop trop rapides, qué on poux les attraper, tou m'écris en MP ;-)

mardi 11 décembre 2012

Vieux souvenirs

Il y a quelques mois, je vous avais parlé des cantines d'Arequipa.
Celles qui entouraient l'université visaient bien sûr en priorité les étudiants. Mais elles attiraient aussi des employés des entreprises avoisinantes et des personnes âgées.
Lorsque j'entrais dans les cantines, j'étais souvent l'objet de regards mi-interrogateurs, mi-réprobateurs. La présence d'étrangers dans l'intimité gastronomique de la cantine surprenait tout le monde et semblait presque en déranger certains.
Une des personnes les plus impassibles à mon passage était un vieil homme très droit et digne. Il déjeunait seul, silencieusement, vêtu d'un beau costume sombre, il était raide, élégant, sec et fripé, noble, indifférent au monde extérieur. Il me faisait penser à un personnage de bande dessinée, ou de théâtre tant son apparence noble et discrète contrastait joliment avec la simplicité populaire du lieu. Bien souvent, je n'avais d'yeux que pour lui (et pour mon assiette)!
Mais les personnes âgées des cantines étaient des personnes pleines de surprises!
Un jour, une femme vint déposer à la table voisine de la nôtre une centenaire branlante et délirante, qu'elle laissa affalée sur une chaise. L'ancêtre était visiblement impatiente de manger, et tenta de nous communiquer, dans une langue difficilement compréhensible, son enthousiasme. Et puis, déçue de notre manque de réaction, elle se mit à taper franchement sur la table, sa fourchette dressée dans sa main, en criant, pour faire venir plus vite la serveuse.
Elle commanda avec une ferveur remarquable un "pastel de papas" (gâteau de pommes de terre: c'est comme le gratin dauphinois, mais en plus épais et sec), et lorsqu'il arriva, elle se jeta dessus, tendant la tête hors de ses épaules crochues, comme une vieille tortue qui sort de sa carapace pour engloutir une tomate.
Au bout de quelques bouchées, cependant, elle arrêta de manger et commença à récupérer la nourriture à pleine mains pour la glisser directement dans ses poches. Finalement, elle attrapa de gros morceaux de gâteau pour en bombarder les pigeons ravis sur le trottoir.
Entre "Monsieur élégance" et "Mémé Cracra", les personnes âgées valaient mille télévisions, d'où cet hommage tardif aux vieux condors du Pérou! Merci à vous!!!!!

dimanche 15 janvier 2012

La voiture à 5 sous

Il y a quelques semaines, j'ai vécu une aventure toute nouvelle pour moi: vendre ma voiture.

Eh oui, ma brave voiture blanche, qui bondissait sur les routes et me menait fidèlement d'un bout à l'autre de l'Europe était devenue un poids en banlieue parisienne, où les joies des transports en commun remplacent "efficacement" celles de la voiture. Elle passait de longues semaines à me regarder monter et descendre du bus, des fourmis dans les roues, des feuilles sur son toit, et des gouttes de pluie coulant longuement le long de ses vitres ankylosées. Elle avait besoin d'un nouveau propriétaire qui lui redonnerait vie et mouvement.
J'ai donc demandé conseil à mon garagiste, qui m'a dit rondement:
"_ Ecoutez, je ne suis pas un spécialiste des vieilles voitures comme la vôtre, mais je pense que le mieux, vu que les pièces sont en bon état, mais qu'elle est très vieille, c'est de la mettre en vente à un prix assez élevé pour vous laisser une large marge de négociation. Les gens aiment bien avoir l'impression d'y gagner quand ils achètent. Commencez à 1200, comme ça vous la vendez à 900€ et vous vous en tirez bien."
Soit.
3 mois plus tard, mon annonce à 1150€ n'avait intéressé personne, et je baissai le prix à 800€. Il se passa encore quelques semaines pendant lesquelles je reçus quelques coups de téléphone: "Bonjour, c'est à propos de la voiture.
_ Bonjour, oui, elle est toujours à vendre.
_ Elle est à essence ou à diesel?
_ Essence.
_ Ah. Je vous rappelle, au revoir."
Bref, rien de très prometteur.

Et soudain, le jour de Noël, un coup de téléphone: "Je veux voir votre voiture aujourd'hui.
_ Ah. Mais aujourd'hui c'est compliqué, j'ai de la famille à la maison... Demain?
_ Aujourd'hui. Demain non."

Ce fut donc le 25 décembre au soir que je fis visiter ma voiture pour la première fois. Lorsqu'on vend un bien, comme lorsqu'on fait des voyages, des études, comme pour toute expérience humaine d'ailleurs, on rencontre des personnes auxquelles on n'aurait pas parlé sinon.
En l'occurrence, la première personne à visiter ma voiture fut un spécialiste, qui l'ausculta en silence sous toutes ses coutures, posant de temps en temps une question dont il n'avait pas l'air d'écouter la réponse et n'écoutant aucune des remarques que je lui fis. Il finit par me dire:
"_ La voiture je la prends. Le problème c'est le prix.
_ je peux la descendre un peu... 700€?
_ Non. Proposez un prix.
_ 650?
_ Non. Vous pouvez descendre jusqu'à combien?
_ Et vous, vous pouvez monter jusqu'à combien?
_ C'est pas à moi de dire, c'est vous qui la vendez.
_ Je ne sais pas, mon offre peut dépendre de vous..."
Tout ça pour proposer 400€ par sms deux heures plus tard.
J'ai découvert ce soir là que lorsqu'on vend sa voiture, on expose à de parfaits inconnus une part finalement intime de soi-même, mais que les autres ne sont pas disposés à respecter comme étant intime, mais monnayable. Ça peut faire un peu mal.   

Ensuite, il y a eut le bon frangin spécialiste de voitures lui aussi:
"_ Bon, c'est pour ma soeur. Elle a besoin d'une bonne voiture, mais on est limités sur les sous. Votre voiture, c'est pas vraiment une bonne voiture, je m'y connais, je vous le dis honnêtement, mais je peux vous la prendre à 400€. ""Allô Maman? Oui, je peux pas trop de répondre là. Je regarde pour la voiture. Oui, je te rappelle après... Faut qu'on discute, tu vas voir."" Alors?"

Le mystique acheteur par sms à 23h:
"_ Elle est toujours en vente la Clio?
_ C'est une Peugeot.
_ Ouais, c'est quoi les pièces à changer?
_ Y'en a pas, j'en ai changé plein récemment (Il faut bien la vendre!)
_ Ah, très bien. Pourquoi vous la vendez?
_ Je pars à l'étranger.
_ Très bien. Vous pouvez venir me la montrer à Cité U demain?
_ Euh, ça m'embête, je ne tiens pas à entrer dans Paris.
_ Mais si, ça va aller. C'est quoi le plus bas prix où vous pouvez la vendre?
_ J'ai eu des offres à 400€.
_ Je vous la prends à 450€. Mais je les aurai pas demain. Mais je vous prends la voiture.
_ J'ai encore des visites demain.
_ Oui, bon, on se retrouve à 18h alors, à Cité U? Elle est de quelle année déjà?
_ 1994.
_ Vous pensez qu'elle a encore de la vie?
_ Oui, elle a été toujours très bien entretenue.
_ Alors je suis décidé, je la prends. A demain. "

Le mystérieux M.S: "Allô? Je vous appelle au sujet de la Peugeot qui est en vente. Je suis M.S. Vous la vendez à combien?
_ J'ai une offre à 500€.
_ Je vous la prends à 600€.
_ D'accord, mais vous voudriez peut-être la voir, non?
_ Non non. Pas besoin, je l'ai vue dans la rue, ça suffit."

Et enfin, la famille qui l'a achetée, venue en délégation: la fille, le père et le cousin, qui la voulaient à l'instant même et sont repartis avec le lendemain.

Vendre une voiture, c'est bien plus fatigant et stressant que passer un examen. Il faut montrer à plein de gens qu'on ne connaît pas un objet avec lequel on a vécu, dans lequel on a investit beaucoup de sentiments et (trop) d'argent. Il faut naviguer entre le désir d'en finir au plus vite et le besoin de finir au mieux.

De cette expérience me viennent deux remarques:
_ Arghhhh! Le pincement au cœur quand j'ai mis en souriant les clés et les papiers de ma toute première voiture dans les mains de sa nouvelle propriétaire.
Bibi, jamais je ne t'oublierai!!! tu auras toujours une place de créneau large et facile à prendre dans mon cœur!!
_ La tête des gens, c'est quand même bien souvent un sacré bordel. Never forget that!





Souvenirs souvenirs...












dimanche 4 décembre 2011

Histoire de quincaillerie

Si vous êtes un touriste et que vous mettez pour la première fois les pieds à Paris, plusieurs choses pourraient vous conforter dans l'idée que Paris est une ville très romantique:
_ Les quais, dont le sol est pavé et sur les quels on peut déambuler longuement pur profiter des derniers rayons d'une belle journée de soleil.
_ Les nombreux cinémas qui passent de vieux films en noir et blanc en version originale.
_ Les rues pavées entourées de petites boutiques.



_ Les cafés avec un décors très quitch, mais plein de charme, et dans lesquels on peut rester des heures sans être dérangé.
_ Les parcs et les squares avec leurs vieux bancs verts ou leurs chaises qu'on peut emporter sous un vieux tilleul pour être à l'abri du soleil (mais pas des pigeons)...

Mais s'il est une chose qui n'est ni parisienne ni romantique, c'est bien l'accumulation des cadenas sur les ponts de Paris: le Pont des Arts et le Pont de l'Archevêché.
Il y a deux ans encore, on ne voyait pas un seul cadenas sur les rambardes en métal.
Que s'est-il donc passé il y a deux ans, sur le Pont des Arts?


Georges: Tiens, j'ai retrouvé le cadenas de ma valise!
Kévin: Ah bon? Il était où?
Georges: Dans ma poche. Le problème, c'est que mon pantalon est passé à la machine. Avec le cadenas!
Kévin: Je ne vois pas où est le problème. Le cadenas sera bien propre. C'est très bien!
Georges: Mais non! Kévin, je sais bien que tu n'as jamais eu l'occasion d'inventer la poudre parce que c'était déjà fait quand tu es né, mais fais un effort!
Kévin: Je peux essayer. C'est important pour toi?
Georges: Oui.
Kévin: Ok. Continue.
Georges: Donc j'ai peur qu'avec l'eau et la lessive, le cadenas ne fonctionne plus...
Kévin: C'est pas un cadenas en sucre, si?
Georges: Non. Bien sûr! Pffff!
Kévin: Alors pourquoi il ne marcherait plus?
Georges: Parce que c'est une mécanique fragile et compliquée à l'intérieur, Monsieur-je-pense-à-tout!
Kévin:...
Georges: Comment je vais faire si je ne peux plus fermer ma valise avec un verrou pour le voyage du retour? Les douaniers vont ouvrir mon sac! Ils vont tout vider! Ils vont prendre mon eau de Cologne! et mes chausson en peau de loutre bleue! ... aaaah!
Kévin: Bon, on peut l'essayer, ton cadenas, pour voir s'il fonctionne. Et s'il ne fonctionne pas, on a encore le temps d'en acheter un nouveau.
Georges: Ah ah!!! J'ai une idée, Kévin! Ecoute le maître! Je pense qu'on pourrait l'essayer, ici, maintenant, puisqu'il est dans ma poche, et s'il ne marche pas nous aurons très largement le temps d'en racheter un avant le départ! qu'en dis-tu?
Kévin: Impressionnant.
Georges: Let's do that. Tiens, prends le cadenas, et puis on n'a qu'à l'essayer... tiens, sur la rambarde, là! Vas-y, ouvre... attache-le. Ferme. Enlève la clef, attention à ce qu'elle ne tombe pas! on aurait l'air malin!
Kévin ouvre le cadenas, l'attache à la rambarde, le referme, enlève la clef, mais juste à ce moment, un groupe de touristes tchèques passe en marchant à toute allure, et un pigeon effrayé s'envole et passe si près de la tête de Kévin, qui celui-ci, surpris, se cogne le front contre la rambarde métallique et laisse échapper la clef qui tombe directement dans le goulot de la bouteille d'eau d'Adriana qui visitait Paris en péniche et passait sous le pont juste à ce moment là.
Kévin: Oh non!
Georges: Mais que tu es con, Kévin!
Kévin: Je t'emmerde, Georges! Toi et tes scrupules débiles, un cadenas ça marche toujours!
Georges: Alors on fait quoi? Maintenant? Blaireau!
Kévin: Ben t'as qu'à essayer de le retirer, on verra s'il marche bien!
Georges: gnnnnngnnnnn gnnnnnnnnnnnn!
Kévin: Ben on dirait qu'il marche très bien ce cadenas malgré la lessive!... Laisse tomber, Georges, personne ne verra rien, on va le laisser là, et on en achètera un autre avant de partir. Allons grailler maintenant, j'ai la dalle, t'as même pas idée!


Et voilà comment, comme bien souvent dans l'Histoire, une coutume idiote s’installa à Paris sur un malentendu.
Alors vos cadenas, vous les gardez, ça sert à fermer les valises, pas les cœurs, bande de geôliers!


lundi 31 octobre 2011

Ceci est un blog culturel

Office du tourisme de Paris "Bonjour!"

"_ Hello, I'm looking for a train station in Paris.... the Auschwitz station.
_ You mean: Austerlitz?
_ Yes!"

"_ Bonjour, je veux savoir, c'est où on embarque pour les bateaux pour Paris-Madrid?
_ Euh... vous avez déjà un bateau réservé?
_ Non.
_ Parce que je ne suis vraiment pas sûr qu'il y ait des lignes Paris-Madrid en bateau. Mais je peux vous indiquer les gares ou les aéroports, si vous voulez?
_ Pfff, non, je vais quand même pas prendre le train! Regardez sur internet pour les bateaux.
(je regarde pour lui faire plaisir. Je ne trouve rien.)
_ Non Madame, je suis désolée, il n'y a pas de bateau qui fasse Paris-Madrid.
_ Bon, ben regardez un bateau pour Centre Amérique alors.
_ L'Amérique Centrale?
_ Ben oui!!
_ Ecoutez, il n'y a pas de départ de Paris, de toutes façons, il faut aller à Saint Nazaire ou au Havre.
_ Et comment j'y vais?
_ Alors en train...
_ J'ai dit non pour le train!! Je veux bateau!!
_ Ben faites du bateau-stop alors!! Vous vous mettez sur le bord du fleuve et vous levez le pouce."

"_ Bonjour, il y a des souris dans ma chambre d'hôtel, je les entends la nuit, c'est dégoûtant, faites quelque chose!"

"_ Chaque année je fais l'aller-retour Berlin-Saint Jacques de Compostelle à pied. L'année dernière je n'ai pas pu, on m'a volé mon chariot. C'est pas grave, au moins il a servi à quelqu'un."

"_ Es que aqui, estoy un poquito perdida, sabes... Incluso un poco loca. Sabes cuanto peso se puede llevar con la maleta en el avion?
_ Me imagino que unos 20 o 23 kilos.
_ Ay... qué voy a hacer.... Te lo cuento. Ayer, estuvé en un supermercado, y me gustaba el envase de la sal... Asi que me compré un kilo de sal, por el envase... " (Ah, la baleine fait des ravages dans les cœurs des touristes!!)

"_ Mais vous, c'est lequel votre club de streap tease préféré à Paris?"

" _ On aimerait se rapprocher du cimetière du Père Lachaise...
_ Vous savez, on s'en rapproche tous plus ou moins."

"_ A map.
_ Hello. Can you say please?
_ OK... a map... please.
_ Yes, of course!
_ Thank you... wait... Gracias!
_ In spanish?
_ Yes, that's the way you say it here, isn't it?
_ No Sir, we are in France, we speak french.
_ Oh!! Really? " (un américain)


Nan, vraiment, on a bien rigolé cet été! 

lundi 18 octobre 2010

Una semana regular en Paris

Amigos españoles, miran a Francia, y acaso se preguntan:

"¿Pero a este país que le pasa?"


Pasan manifestaciones por las calles, con miles de voces cantando:
_"¡Sarkozy si supieras
tus reformas tus reformas

Sarkozy si supieras

tus reformas

donde me las meto!"


_" 3 pasos adelante 2 siglos atrás
es la política del gobierno"


_" ¡A suprimir, un solo puesto:

El del Elíseo!" (El Elíseo: el palacio donde vive y trabaja el Presidente de la República)


_" ¡En Grecia, en España
Aquí o por otra parte
una sola lucha

la lucha de clases!"


_" Policía por todas partes

¿Justicia? ¡Por ninguna!"



_" ¿Quien es el terrorista?
¡Sarkooooo!"

_ "¡Es la guerra social contra el capital!"

Vaya programa, ¿qué les parece?

Ha dejado de pasar la gasolina por nuestros oleoductos, pero sigue pasando el tiempo: hoy ha llegado un frió que yo, encima de las torres de Notre-Dame (por primera vez en mi vida) feliz y azul, ¡me pelaba!!!! Llega el olor de las castañas, el humo por la ventana y la suavidad del té caliente en el silencio de la tarde.
¡Bienvenido, señor Invierno, no le esperábamos tan temprano!

vendredi 7 mai 2010

Les vieux crabes

Il est 6h05, et le réveil sonne déjà depuis 5 minutes, lorsqu'un coup de pied contre la porte, exprimant une certaine impatience de la part du reste de la famille la tire enfin d'un sommeil qu'elle décrit généralement comme léger. Mais ce n'est pas de sa faute : les réveils d'aujourd'hui sonnent tellement moins fort que ceux d'antan!!!
Elle enfile son jupon acrylique, ses bas de contention, sa fidèle jupe en laine grise, son maillot de corps un peu jaune, mais personne ne le sait puisque c'est en dessous, son dentier, son gilet bleu, elle donne un coup de brosse sur ses cheveux violet (la coiffeuse a été un peu frileuse sur la dernière teinture, c'est dommage, pour le prix que ça coûte!!!), elle jète un regard mouillé à la photo gondolée de son défunt mari, et toute pimpante, elle descend à la cuisine prendre le petit déjeuner en compagnie de son fils, sa bru, et ses petit-enfants. Elle regarde avec consternation leurs bols remplis de céréales sucrées baignant dans un lait épais et collant, et avale cul-sec son petit verre de slivovice (83 ans de slivovice et jamais un rhume, jamais une gastro, jamais un rhumatisme, ...), renifle un peu, et se tartine de pâté une large tranche de pain noir et acide.

A 6h35, équipée d'un grand cabas remplis de sacs en plastique vides, elle sort en même temps que ses petit-enfants pour rejoindre l'arrêt de bus au bout de la rue. Avec leurs mp3 sur les oreilles, ils ne manifestent aucun désir de savoir ce qu'elle pense pouvoir trouver d'intéressant aujourd'hui. Elle ne peut s'empêcher de trouver leur attitude un peu légère. Sans elle, la famille ne pourrait pas se vanter d'avoir des placards aussi régulièrement et abondamment remplis.
A l'arrêt de bus, d'autres équipes mal assemblées de bois vert et de vielles branches attendent, dans le même silence obstiné.
Lorsque le bus arrive, comme tous les matins à 6h42, tous les sièges sont déjà occupés par des ancêtres mâles, femelles et autres, munis de cabas gris ou écossais, et les enfants sont debout, et commencent à s'échauffer la langue et les zygomatiques en commentant les émissions télévisées de la veille au soir.
Elle descend au carrefour avant le lycée et traverse le parc pour rejoindre le parking du Kaufland et prendre place dans la déjà longue file d'attente qui rend l'accès du supermarché inaccessible. A 7h00, elle est plutôt en bonne position dans la file, au taquet, silencieuse, concentrée, recueillie. Elle connaît bien ce moment de suspens qui précède l'ouverture des portes: où seront les étiquettes jaunes? Sur quels produits faudra-t-il porter son choix et son cabas en priorité? Quelques ancêtres commentent timidement les promos de la veille et se perdent en conjectures sur celles d'aujourd'hui. Elle sait. Elle a bien vu hier que les kumquats commençaient à sécher, que les salades de thon et les conserves de cerises approchaient de la date fatidique. Elle ne perdra pas de temps à scruter les pommes et les poires qui étaient déjà en promo il y a trois jours. Elle aura très vite une longueur d'avance sur les autres, comme bien souvent, et soupire déjà d'orgueil à l'idée du caddie bien rempli et tellement bon marché qu'elle ramènera à sa famille.
A 8h, les portes du Kaufland ont à peine commencé à s'entrouvrir que deux cent vieux crabes les défoncent à coups de cannes et de cabas pour passer en premier.
Trois quarts d'heures plus tard, la fièvre est à son comble dans les rayons du Kaufland. Quelques dentiers jonchent le sol, quelques coups de canne bien appliqués font résonner des articulations sèches et des cris aigus.
Les caddies défilent:
_ 40 litres de lait demi-écrémé en promo
_ 8 kg de chips au bacon
_ 18 kg de pommes
_ Une bonne trentaine de conserves de cerises

Elle a réussi à récupérer:
_ Une caisse de kumquats (5kg), 35 litres de lait, 7 paires de lunettes de soleil, 25 conserves de cerises, 10 pots de miel, 13 bouteilles de shampoing. Bonnes courses.
Encore une journée victorieuse où la famille ne mourra pas de faim. Demain, de nouvelles aventures l'attendront sûrement au détour d'un rayon: avocats? cornichons? soupes en sachet? fromage? beurre? riz rond? Il y aura toujours une promo nouvelle pour prendre le relai d'une promo achevée. Et elle sera toujours là pour prendre sa part et celle des siens.

Pendant la longue époque du communisme, avoir un vieux dans sa famille était une richesse, car il faisait la queue des heures durant pour mettre la main sur tous les arrivages. Aujourd'hui, les jeunes de cette lointaine époque veulent à leur tour avoir leur heure de gloire dans les files d'attente, en compensation de leurs rides et de leurs cheveux blancs.
Comment accepter qu'aujourd'hui, on mange assez bien, et que les vieux ne servent plus à rien?

mardi 23 février 2010

boule d'Histoire dans la gueule


Il marche dans la neige mouillée avec son vélo à la main, l'air méfiant et dur.
J'avance prudemment sur la neige mouillée dans ma voiture.
Devant la grille abandonnée, il se retourne brutalement, lèvres serrées, regard fermé, bras levé, corps raidi dans un salut solitaire au mur aveugle de l'hôpital à moitié désaffecté.
Puis il reprend son chemin en me lançant un regard de défi.
Dans ma voiture, j'oublie de d'appuyer sur l'embrayage tellement je suis surprise, et cale bruyamment dans un hoquet pitoyable.

Et cette question: sont-ils nombreux à saluer ce mur quand ils passent devant?

Que c'est bon d'être méchante!!!


Je crains que certains soient frustrés de lire très peu d'informations sur la vie que je mène ici, et d'en apprendre très peu sur ce pays très peu connu de bien des français qu'est la République Tchèque.
J'en suis contrite, mais en même temps que j'espère faire mieux dans les temps à venir, je tiens aussi à vous dire que Hradec est une très belle petite ville de province très morte, qui aurait fait la joie de Proust ou Balzac (la vie quotidienne est éblouissante de miroirs déformants et une certaine obsession pour le théâtre cache mal une incapacité totale à vivre les choses sans les jouer), mais calme un peu mes élans à moi, qui n'ai pas l'ombre de l'ébauche du commencement de la promesse d'une possibilité de leurs talents.
Par respect autant que par lâcheté je vous épargne les petites mesquineries quotidiennes qui nous sauvent de l'ennui total pour nous plonger dans une morosité nerveuse...
Si quelqu'un pouvait m'envoyer par colissimo un flacon de vitriol dans lequel tremper ma plume, je transformerais ce blog en Hradec Kralove, ton univers impitoyable, en attendant, nous continuerons à parler
_des petites choses: les cornichons, les cocktails vespéraux aux huiles essentielles, le passage des saisons sur nos petits nez rouges, les facéties de Luna, etc
_ des grandes choses: la luxuriance des comparaisons qui illustrent les différentes phases du voyage, la douceur de réaliser que si l'on est incurablement seuls dans nos petites existences, nous partageons tous les mêmes angoisses, ...
Ceux qui veulent en savoir plus sont les bienvenus sur place, car rien ne vaut l'expérience pour se forger une idée un tant soit peu personnelle (donc réaliste?)!

jeudi 4 février 2010

La nuit, je m'en (mords les doigts)


Quand la nuit tombe, les remparts de l'imagination tombent avec elle, et un monde se lève derrière ma porte.


Et j'en entends, des choses et des gens dans les couloirs, lorsque le jour décline!

Ce sont des rires en cascade dans les escaliers et des mots qui glissent le long des murs: les rires morts des élèves, et les toutes les paroles prononcées et vite oubliées dans les salles de classe, l'âme en peine, cherchant le corps qu'ils pourront obséder jusqu'à la démence.

Ce sont des pas. Perdus le plus souvent. Ils cherchent le chemin.

Ce sont des boules de neige en plein rally. Mais comme les boules de neige n'ont pas d'yeux, certaines finissent parfois par s'écraser contre ma vitre à des heures indues.

Ce sont des vents de folie qui font claquer les portes sur leur passage.

Il y a quelques loup-garous psychopathes mono-maniaques concentrés sur l'appropriation du mal à travers le sacrifice sanglant d'assistantes de langues innocentes. S'ils n'ont pas encore frappé à ma porte, c'est juste parce que les tchèques sont timides et respectueux.

Ce sont des régiments de grains de poussière en transhumance d'un tapis à l'autre. Ils avancent d'un pas feutrés. Seul un voile d'obscurité supplémentaire dans l'obscurité permet de deviner leur passage. Luna en rapporte toujours quelques garnisons au bout de ses moustaches quand elle va jouer dans la cave.

Ce sont des soupirs qui déchirent l'âme si on leur ouvre la porte.

Ce sont des plantes vertes qui vont voir leurs potes pour fumer un joint quand la fenêtre est restée entrouverte.

C'est le Père Fouettard qui traîne sa mélancolie de table en chaise, parce que personne ne fait appel à lui dans ce lycée où l'élève est roi, fût-il un cuistre.

Ce sont des professeurs somnambules qui basculent vers le côté obscur et chantent "à la claire fontaine" dans le noir, en piétinant lourdement les parquets grinçants et le marbre crissant.

Et moi, dans ma salle de classe déguisée en appartement, je reste brave, mais pas téméraire. Sur la pointe des pieds, sur la pointe de mon cœur qui accroche les côtes en hurlant pour qu'on le laisse sortir, je m'approche de la porte.
D'un geste qui s'espère silencieux au point de ne même pas mouvoir l'air, je tends la main vers la clef dans la serrure. Dans une tempête organique (le cœur, les reins, le foie, la vésicule biliaire, l'estomac, les poumons, tout le monde tape violemment contre les parois pour sortir de là et crisser son camp tant qu'il en est encore temps), je tourne la clef pour vérifier que c'est bien à double tour que la porte est fermée.
Alors je reviens en trottinant dans la pièce principale, et je monte le son, j'allume des bougies, je vaporise du parfum, je fais cuire des choses qui sentent bon, et je joue à chat avec Luna, pour conjurer toutes ces angoisses à pattes, tout de noir et froid vêtues par un peu de vie et de lumière.

samedi 26 décembre 2009

Ce qui me manque le plus en République Tchèque

Pas les croissants ni le fromage: les tchèques produisent ce qu'il faut pour ne pas trop y penser.
Pas le chocolat ni les yaourts: le chocolat on en trouve quand même, et les yaourts, j'en fais.
Pas le métro ni France Inter: le métro ne me manque jamais, et France Inter je l'ai sur internet.
Pas les amis ni la famille: je leur parle et leur écris sur internet aussi souvent que possible, et sais qu'ils pensent à moi presque autant que je pense à eux. Ils me manquent cependant beaucoup, mais pas autant que...










La mer... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ...

Qu'est ce qu'elle me manque, la mer! La mer au bout du tramway, que n'y allais-je plus souvent encore lorsque je l'avais? Malgré les grandes marées et le réchauffement climatique, jamais la mer ne viendra jusqu'à moi en République Tchèque...

Vous savez ce que dit le poète:
"Et la mer et l'amour ont l'amer pour partage
Et la mer est amère et l'amour est amer
L'on s'abîme en la mer aussi bien qu'en l'amour,
Car la mer et l'amour ne sont point sans orages"









jeudi 17 décembre 2009

La cantine: mode d'emploi


La République Tchèque est un pays compliqué. Le meilleur exemple qui me vienne à l'esprit pour vous expliquer comment c'est compliqué, c'est la cantine.
La cantine, c'est très compliqué. Déjà, pour ne pas y aller, c'est pas simple: pendant plusieurs semaines, tout le monde vous fait remarquer qu'on y mange très bien, mieux que dans un certain nombre de restaurants de la ville, et pour beaucoup moins cher, que c'est aussi un lieu de socialisation qui permet d'établir ou de consolider les liens entre les générations, que c'est de la cuisine traditionnelle tchèque, mais avec des opportunités de plats végétariens, que ce serait manquer de curiosité intellectuelle que de la bouder, etc... de guerre lasse, et aussi un peu pour en avoir le cœur net, vous acceptez donc d'essayer la cantine. Vous vous dîtes: "allons, juste une fois, ça ne mange pas de pain!". Et vous n'avez pas tort: il n'y a presque jamais de pain à la cantine. En revanche, c'est là que les ennuis commencent.
Lorsque vous avez dit "oui" pour la cantine, tout un engrenage se met en marche au dessus de vous, et dont vous n'êtes qu'à demi consciente.
Les professeurs de français se mettent aussitôt à la recherche d'une personne du lycée qui ait une carte de cantine mais ne l'utilise pas. Lorsqu'ils ont cette personne, et que celle-ci accepte de prêter sa carte et son nom à une étrangère pour l'année scolaire, il faut aller sur internet pour choisir les jours et les menus, et réactiver la carte et ses crédits.
Parce qu'on ne se pointe pas la bouche en cœur à la cantine! Pantoute pantoute, mes lapereaux! Il faut aller au bureau de la cantine pour payer ses repas à l'avance une fois par mois. C'est ma responsable qui s'en charge pour moi, et je n'ai pas encore compris comment fonctionne cette opération, car le prix est chaque fois différent, même si j'ai crû comprendre que le nombre de repas que l'on choisit n'est pas important. Ah...
Donc, une fois qu'on a payé ses repas et chargé sa carte, on a deux options: soit on va sur internet pour choisir ses menus de la semaine, mais là, il faut un code spécial, et pour avoir le code, il faut que la titulaire de la carte en personne vienne faire une demande officielle à la suite de quoi le code lui sera envoyé dans les plus brefs délais (à condition qu'elle ait pu venir aux heures ouvrables un jour ouvert), soit on profite d'être dans la cantine pour mettre sa carte dans une machine qui affiche les menus et enregistre les choix de chacun.
En parlant de choix: vous avez trois menus différents chaque jours, composés selon une logique que je n'ai toujours pas comprise. Chaque repas comporte généralement: un plat principal accompagné d'un fruit ou d'une salade ou d'un morceau de pain, d'une soupe, et d'un verre de thé. Il n'y a pas d'eau froide simple, pas de pain, pas de poivre, pas d'huile, et si vous voulez du sel, il faut aller le demander. Si vous voulez une assiette steak lentilles ET une pomme alors qu'on vous propose une banane et que la pomme accompagne l'assiette de galettes de pomme de terre, ben c'est tant pis pour vous. On ne mélange pas les menus, on ne choisit pas ses menus la veille pour le lendemain, et il est parfaitement impossible de changer de menu au dernier moment. Et on ne rigole pas avec tout ça!
Il y a généralement un repas sur les trois qui ne comporte pas de viande, et qui est donc celui que je choisis, avec l'aide d'autres professeurs, pour des raisons de persistante faiblesse lexicale.
Si vous êtes déclaré absent, votre repas est généralement automatiquement annulé. Donc si la dame qui me prête sa carte est absente, c'est tant pis pour moi.
Le réfectoire se situe à un quart d'heure à pieds du lycée, et tous les élèves et professeurs de la ville s'y retrouvent entre 11h et 15h. On voit de tout: des enfants qui ont à peine l'âge de porter un plateau, des vieux qui n'ont plus tout à fait l'âge de porter un plateau, des familles entières, des enfants handicapés, des élèves que vous avez eu le matin même, le proviseur du lycée, bref, toute la ville vient manger là.
Lorsqu'on arrive, on met sa carte dans une machine. Elle vous donne le numéro de votre menu, et ils faut attendre que ce numéro s'affiche sur un cadran pour savoir en haut du quel des deux escaliers est servi notre numéro de menu. On prend ensuite un plateau, un verre, une serviette, des couverts, et on installe son plateau sur les rails du self. Il y a deux étalages par rail, et chaque étalage porte un numéro. Lorsque vous arrivez devant votre numéro, vous remettez votre carte, pour prouver à la grosse dame sérieuse que vous avez le droit de vous saisir de la salade de choux à la sauce eau-sucre. Dans mon cas, on essaie aussi de faire tout le plus parfaitement possible pour ne pas avoir à parler à la dame, pour qu'elle ne voit pas que je ne comprends pas, pour qu'elle ne me demande pas où et comment j'ai eu la carte de cantine.
Au début, dans son enthousiasme, ma responsable m'avait inscrite pour tous les repas de la semaine, et j'ai dû faire preuve de beaucoup de diplomatie pour n'en n'avoir que deux. J'ai ainsi découvert une spécialité dont les tchèques se vantent assez peu: les plats sucrés.
Exemple: soupe, quatre pâtisseries, orange. Soupe, bouillie de céréales au lait sucré avec des copeaux de chocolat et du beurre fondu, banane. Soupe, gâteau pommes-noix-cannelle, salade de choux. Il faut admettre quelque chose: la cuisine n'est effectivement pas mauvaise, et le chef fait visiblement de gros efforts de diversité. Ce ne sont jamais les quatre même pâtisseries d'une semaine à l'autre, ni les mêmes combinaisons de plats. Mais comme le repas n'est pas un facteur de lien social et que le principal est de combler la faim, personne ne semble accorder beaucoup d'importance aux efforts du chef.
En ce qui concerne la sociabilité, c'est pas tout à fait aussi épanouissant qu'on me l'avait assuré. Bien entendu, les élèves ne viennent pas s'assoir à côté de vous pour vous taper la discut en français. Quant aux profs qui ne vous parlent pas au lycée parce qu'ils ne parlent pas français et ont honte de parler anglais, ils ne changent pas d'avis devant une bonne soupe bien chaude, et choisissent soigneusement la table la plus éloignée, ce qui n'est pas difficile, puisque le réfectoire est gigantesque.
Vous voyez, la cantine, c'est la porte ouverte à l'aventure.

jeudi 15 octobre 2009

De hier à hiver, il n'y a que le v de vite...


Dans le lycée où Luna et moi avons élu domicile, il y a, dit-on, les meilleurs élèves de la région. Il y a, pour les aider à rester les meilleurs, des professeurs de tous âges et de toutes nationalités: anglois, françois, germains, zé autres celtes-vikings, et salades de barbares. Pas beaucoup de latins, c'est vrai.
C'est pour y remédier qu' il m'a été demandé d'apporter mon lexique.
C'est désormais imminent en plus d'être officiel: je vais donner des cours d'espagnol au personnel du lycée d'une part, et aux élèves les plus motivés de l'autre.
Je vais répandre le "hola" dans les couloirs, ça va fiester le samedi soir et bébère caliente quand il neigera.

En parlant de neige, hier matin, il a neigé sur Hradec Kralové. Oh, rien de bien sérieux, juste un passage en coup de vent, comme ça, une histoire de dire: "Si je veux, je peux. Je reviens dans un instant... ça va glacccccer!"
En parlant d'hier, ce fut un jour à marquer d'une pierre verte à rayures roses: j'ai adopté un vieux vélo encore solide sur ses roues, et nous avons plein de projets ensemble, lui et moi. Mais hier, un vent du nord se mêlait indiscrètement à notre conversation, et nous avons préféréabréger. Mon vélo m'a juste dit: "la prochaine fois, ma biche, couvre tes mimines avec des gants, parce que sinon, on va finir dans le décor avant d'avoir pu dire "nasdravi". Il est fort, mon vélo!! On sent qu'il a vécu, parce qu'il a tout de suite mis le guidon sur la clé de voûte du problème principal: les gants.

Never trie again la chevauchée sauvage de la bicyclette par moins de cinq degrés sans gants.
Mes talenteux lectueurs, vous l'avez vu venir:

En parlant d'hier, ça sent grave l'hiver...

mardi 30 juin 2009

La moti-punition


Comme l'a très bien dit Jennifer, un jour à midi, alors qu'elle était assise à côté du patron et en face de nous: "alors là, les vendanges, c'est pas une question d'expérience, c'est une question de motivation!" Elle répondait à une anodine réflexion de ma co-vendangeuse Maureen, qui lui faisait remarquer que si elle allait plus vite que nous, c'était peut-être parce que indéniablement, elle n'était pas tombée de la dernière pluie en matière de sectionage de raisins. Le patron lui-même eut un moment de doute devant une attaque aussi gratuite, violente et salope.

Alors les enfants, le français, c'est pareil: "c'est pas une question de difficulté, c'est une question de motivation". Et ceux qui ne me croient pas iront couper du raisin huit heures par jour pendant 6 ou 7 jours, avec obligation de tracer sinon ça va ch...!!!!

Peut-être aurait-il été pédagogiquement plus intéressant de répondre ça aux enfants qui soupiraient en me regardant tristement: "le français c'est trop difficile, profesora!". Mais je n'ai pas eu cette élégante présence d'esprit. Au lieu de ça, après avoir vainement tenté d'entamer la nouvelle leçon pendant plus de deux semaines avec les 2°D, je suis allée voir leur prof principal, et je lui ai fait part de mon impuissance et de mon amertume, je lui ai ouvert mon cœur avec la simplicité et la sincérité de la prof novice face au vieux singe.
Et que me répondit le vieux singe, qui jouissait visiblement de la tranquillité qu'il opposait à ma déréliction?
"Tu veux récupérer des heures?"
La conscience professionnelle étant le moteur qui guide mes actions, je répondis sans hésiter "Ah ben oui, en voilà une bonne idée qu'elle serait bonne!"
En deux temps et pas de mouvement, c'était arrangé: la joyeuse bande de petits cons rirait moins quand ils sauraient qu'ils allaient passer quatre heures avec moi cette semaine au lieu de deux. Une heure supplémentaire vendredi à la place d'une heure de permanence, et une heure purement et simplement poussée comme une verrue dans leur emploi du temps le jeudi de 14h à 15h. Le vieux singe riait dans ses rides de la bonne blague qu'il allait faire à ses petits protégés, et jubilait presque indécemment du discours qu'il allait leur servir.

"Alors voilà comment vous traitez la pauvre Mar qui rame déjà tellement dans ce pays étranger qui n'est pas le sien? Eh ben bravo, c'est du propre, belle mentalité! Mentalité de petits bourgeois pourris gâtés! Moi je n'ai pas eu l'opportunité d'apprendre deux langues. Moi, l'école, il fallait la payer. Mon père il s'est saigné pour me payer l'école, et mes copains, ils n'ont même pas pu y aller. Nous quand on pouvait y aller, en payant, on en profitait. Vous on vous paie tout:
bâtiment: gratuit
électricité: gratuit
mobilier: gratuit
professeurs: gratuits
et comble du luxe: livres: gratuits
Et vous n'en n'avez rien à carrer, vous considérez que tout ça vous est dû, et que c'est bien trop désagréable d'apprendre!
Eh bien on va vous le faire entrer au marteau, puisque c'est la seule chose qui marche avec vous. Le bâton, il n'y a que ça de vrai, on dirait, hein? Vous avez intérêt à vous tenir à carreau, parce que si Mar me dit que quelque chose n'a pas été bien, ben ce sont deux autres heures supplémentaires qui vont vous tomber dessus. On ne va pas se décourager, vous savez, on vous en mettra autant qu'il faudra, des heures de français! ( Euh... ouais, "on" ne va peut-être pas de décourager, mais moi si, peut-être...). Et asseyez-vous bien! ça ressemble à quoi cette classe? Les sacs sous les chaises, pas dans l'allée. Paquet de crâdes!!!"




Moi aussi, j'étais muette en écoutant le vieux singe, mais moi aussi, j'avais très envie de m'enfuir en courant, de passer par la fenêtre, ou de faire une course de glissades en chaussettes avec les élèves dans le couloir désert.

Mais on a fait du français, comme si de rien n'était.

dimanche 24 mai 2009

Nécessaire concession

Après l'enterrement de la sardine, le bando de la huerta, les fallas valenciennes et l'exposition de mes déceptions au mercadona, il serait envisageable que les plus malins d'entre vous commencent à se poser des questions sur les raisons de mon obstination à rester dans une ville, voire un pays aussi barbare et vulgaire.
Il est vrai qu'il était bien plus facile de vous faire rire en vous brossant d'une plume acérée les aspects les plus caricaturaux de la vie culturelle de Murcia. Il est vrai que la moquerie est fédératrice, et que parfois, Murcia tend l'encrier pour se foutre de sa gueule.
Mais on ne peut cependant pas la réduire à ces quelques débordements folkloriques.
Je vous dois donc une petite mise au point, parce que la vie, ce n'est jamais ni si bon ni si mauvais qu'on veut se le faire croire sur nos blogs.

Si je reste, et si j'ai l'air de trouver la vie agréable ici, c'est parce que Murcia, c'est aussi:

_ Une vie culturelle riche, pleine de petites initiatives dynamiques et alternatives
Ci-contre, la "camara gigante" de Carmen et Julian, financée par le FA, le forum artistique de la ville. Cet appareil photo géant permet de faire des photos , les développer, voyager, dormir, et attirer l'attention curieuse des badauds oisifs.


_ Des manifestations qui dénotent une capacité à ouvrir sa gueule et une modernité inattendues dans l'une des villes les plus conservatrices de l'Espagne

Sous vos yeux étonnés, une manifestation de lutte contre l'homophobie, sur l'une des places principales de la ville, à quelques mètres de l'église, un dimanche matin, pas très loin de l'heure de la sortie de la messe...








Des élèves de l'école d'art plastique de Murcia s'enroulent avec d'autres bénévoles dans plusieurs centaines de mètres de rubans colorés pour symboliser, mais de façon concrète les liens que mondialisation crée entre tous les éléments de toute la planète. Ces liens sont tout autant négatifs que positifs, selon l'angle sous lequel on choisit de les regarder.

_ Un appartement plein de colocs créatifs
















_ Quelques kilomètres de côte absolument sublimes, presque sauvages, où l'on a eu la bonne idée de ne même pas construire une route macadamisée, alors des commerces, des habitations, des péages autoroutiers, oublie ça!!




























_ Une ville avec de temps en temps une surprise au coin d'une rue.

Et Murcia, c'est encore plein de choses que je ne vous montre pas en photo: des concerts gratuits tout le temps, de petits groupes bons ou mauvais, mais qui font parfois beaucoup de kilomètres pour venir nous faire partager leur travail, des festivals de musique, de cinéma, des expositions, des spectacles, une population bienveillante et simple, un accent effroyablement laid, ponctué de 'acho!! un vieux centre ville compliqué comme la toile d'une araignée bourrée,...



Et c'est comme ça que peu à peu, l'identité de la ville émerge de son quotidien, comme celle de n'importe quel individu normalement constitué.

vendredi 15 mai 2009

VIP


La salle des profs, faut être prof pour y entrer (si si!). C'est à dire qu'il faut faire partie des VIP:
Les Vraiment Intégrés au monde des adultes, j'ai nommé: les Professeurs.

Quel élève n'a pas fantasmé un jour en regardant les profs disparaître derrière cette porte à la récréation?
Pourquoi donc?
Parce qu'ils parlent sûrement de vous et vous voudriez savoir ce qu'ils disent? Ou parce que derrière cette porte, c'est la loge où les profs tombent le masque trois minutes pour essuyer la sueur qui coule dessous?

Petits élèves qui vous imaginez la salle des profs pleine de mystères et de magie, arrêtez votre char, descendez de vos grands chevaux, et donnez-moi deux minutes d'attention: "Oui, vous avez raison, dans la salle des profs, les profs se mettent à nu, au sens propre, et derrière cette porte, ils vous mettent à nu aussi, ne parlent que de vous, vident entre eux leurs sacs pleins des essences les plus profondes de vos personnalités, de toutes ces choses vagues qui passent dans vos yeux quand ils croisent les leurs, et que vous craignez, à juste titre, qu'ils n'interceptent. Tout. Oui, ils parlent avec les esprits des profs morts, et mangent des livres serrés entre deux tranches de pain intégral. Oui, ils boivent de grands verre d'encre en se massant les mollets avec de l'huile surgelée, et ils allument des bougies parfumées à l'opium en fumant des craies. Oui, ils fabriquent des poupées vaudou de vous en récupérant le sel des larmes séchées sur vos copies, et les font sauter à la poêle avec du saindoux, ou alors ils leur ouvrent la tête pour la remplir de papier mâché et de tipex..."
Non mais vraiment, vous êtes de grands malades pour aller vous imaginer tout ça!!!!!!
Dans la salle des profs, des adultes de bonne ou de mauvaise humeur viennent taper la discut autour d'un café à l'odeur acide, ou d'un chocolat hyper sucré. Ils parlent de leurs petits problèmes de santé, commentent l'actualité, se lancent des vannes. Il y a les perruches sèches et coquettes qui chauffent des bancs d'églises à leurs heures perdues, il y a les jeunes parents qui parlent couches et gazouillis, il y a les célibataires qui se racontent leurs derniers exploits ou leurs dernières déroutes, il y a les syndicalistes qui se dressent comme des murs au milieu de la salle, il y a les remplaçants qui se la jouent humble et discrète ...
Et il y moi, qui en plus de faire partie de la dernière catégorie, appartient à une minorité très particulière: les étrangers. Généralement, je suis le petit paquet souriant à un bout de table, qui fait semblant de lire le journal ou de relire ses cours, mais qui tend l'oreille autant qu'oreille se peut tendre.
Ma spécialité, dans la salle des profs, c'est d'arriver la première le matin. J'arrive à peu près un quart d'heure avant le début des cours. Dans les couloirs, pas un élève, dans la salle des profs, pas un prof, les volets sont baissés, j'en lève un ou deux, et le soleil vient jeter un œil brillant. Nous restons généralement en tête à tête lui et moi pendant une dizaine de minutes. Puis arrivent les deux premiers collègues, qui me proposent systématiquement un café que je refuse poliment.
Dans les minutes qui suivent, la salle se remplit, les couloirs résonnent, les regards se croisent dans tous les sens, on ne peut plus y échapper: la journée a commencé, la cloche va bientôt sonner, et avec elle le début du match prof/élève de la journée.

mercredi 15 avril 2009

Varshké rit...



Vous aurez peut-être remarqué qu'il est souvent question de nourriture, sur ce blog?

Ca vous pose un problème?

Moi ça va.

Voici donc un nouvel épisode anodin, sans intérêt ni conséquences intersidérales, de ma vie à Murcia. Si anodin, et pourtant, comme dit le chanteur "le bonheur ça se trouve pas en lingots, mais en ptite monnaie".

En décembre 2006, j'étais allée passer une semaine à Vilnius, chez des amis. Pendant cette semaine, comme il faisait froid dehors, j'avais sans doute passé plus de temps à musarder dans les rayons de supermarché qu'à compter les pierres des vieilles églises. Shame on me.
Or, puisqu'on parle de pierre, ne me la jetez pas trop vite, car nous venons au fait. Dans les rayons des supermarchés Lituaniens, il y a des choses très intéressantes. Par exemple, au rayon frais, de petites barres de fromage sucré, un peu comme du fromage blanc, mais beaucoup plus sec, donc beaucoup plus fondant et gras, et à plein de parfums différents: fraise, vanille, amandes, vanille-amandes, chocolat, chocolat-amandes, fruits exotiques, pêche, pamplemousse, pomme verte... Les lituaniens appellent ça, je ne sais pas pourquoi, des "vrarshkés surélis" (alors qu'il serait tellement plus simple de les appeler "petites barres de fromage sec aromatisées et enrobées de chocolat" car les "varshkés surélis" sont enrobées de chocolat). Pendant mon séjour en Lituanie, j'avais fait de très gros efforts pour ne pas en manger plus de deux par jour.
Mais depuis la Lituanie, j'avais du mal à tenir le rythme de deux par jour, parce que je n'en trouvais plus nulle part. En fait, j'avais fini par en oublier jusqu'à l'existence.
Il y a quelques jours, je suis entrée acheter du kéfir dans un supermarché slave. Il y a une importante communauté slave à Murcia. Je dis "slave", et je le pense, parce que je ne suis pas sûre que ce ne soit que des russes. Et les slaves non-russes n'aiment pas toujours qu'on les assimile à ce peuple au passé légèrement boulimique en matière d'extension territoriale.
Il n'y avait plus de kéfir. Par réflexe, je profite d'être au rayon frais pour jeter un coup d'œil: non, pas de "varshké surélis", c'eût été trop beau. En furetant, j'arrive juste devant le congélateur. Et là, mon sang ne fit qu'un tour, mon cœur ne fit qu'un saut: tout un compartiment de "varshkés surélis", guillerettes et colorées, n'attendant qu'une main chaude pour les attraper... rayon frais, rayon froid, finalement, quelle différence? un manteau, deux manteaux, qu'est-ce que ça change?


Voilà, à trois minutes de chez moi, il y a un morceau de Lituanie dans un congélateur, pour 55 centimes d'euros pièce, tout froid, gras et sucré.
C'est beau, la mondialisation... non?