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mardi 22 juin 2010

Le tchèque in, c'est en fin d'année

Il n'est pas question de reprendre le millefeuilles là où nous l'avions laissé, car de l'eau à coulé sous les ponts.

Le "millefeuilles", pour ceux qui ont du mal à suivre, c'est une pâtisserie, oui. C'est une aussi une métaphore que j'ai filée en novembre et décembre derniers, et qui représentait avec un parfum de vanille les étapes qui se succèdent dans la vie du petit expat qui débarque et voit pousser (ou non) des racines sous semelles. J'avais entremêlé avec une subtilité dont je n'étais d'ailleurs pas peu fière la métaphore du millefeuilles et celle des racines. Pâtissière et jardinière, j'essayais de faire comprendre qu'on s'intègre lentement à la flore locale, notamment par la puissance d'exploration des papilles.
C'est bon? vous vous souvenez? Les gros cornichons, ...

Et inexplicablement, depuis le mois de janvier, j'avais lâché l'affaire, et vous étiez restés sur votre faim, les pattes dans la terre, perplexes et impatients.
Sachez, chers lecteurs, que cette relation de dépendance ne me sied point. La métaphore du millefeuilles est une métaphore qui prend très vite son indépendance. Les feuilles poussent, verdoient et tombent toutes seules. Libre à vous de prendre votre petit paquet de feuilles et de leur donner vie vous-même!
Plein de feuilles ont poussé et son tombées depuis le dernier article à ce sujet.
Comme dirait Zazie: "J'ai vieilli", et je reprends la plume pour boucler la boucle.

Vers l'été, petit expat, votre feuillage s'est développé. Dans la douleur ou dans la joie. S'il s'est développé, c'est que les racines ont poussé plus profond dans la terre. Alors lorsque de petites ailes recommencent à vous pousser dans le dos, vous sentez poindre une certaine angoisse, car vous savez que le déracinement prochain se fera sans anesthésie. Comme dirait Rambo 7: "ça va chier!". Mais c'est comme ça. Vous êtes comme ça, et ce ne sont pas quelque malheureuses petites feuilles qui vont vous changer: tous les étés, vos ailes repoussent.

Plus les racines qui ont poussé sont profondes, plus les ailes sont petites, c'est vrai, mais qu'importe la taille, les ailes de géant ne favorisent que les poètes, car pour vous et moi, elles nous gênent pour marcher, elles nous gênent pour voler. Petites ou grandes, vous vous envolerez pareil, parce que le vent va bientôt souffler.

Si les racines n'ont pas poussé, si vos pieds ont un peu pourri dans la terre, vous attendez la bourrasque qui vous emportera avec une impatience fiévreuse, un peu préoccupée par tout le bordel que vous allez devoir empaqueter en un temps record, mais ce n'est pas grave, vous oublierez là ce qu'il faudra oublier: brosse à dents, livre de français, batterie de téléphone, des cheveux dans la douche, quelques mois de votre vie... et vous partirez.

Ces quelques mois de votre vie oubliés là-bas, sans doute les aimerez-vous bien plus tendrement lorsqu'ils seront loin, et qu'à la faveur du flou (ou de la perspective) vous pourrez les voir bien plus à votre image qu'ils ne le furent (ou que vous ne les voyiez alors).

mercredi 10 mars 2010

Fallas buenas: Fallas acabadas

Desde tres años, el la primera vez que no estoy en Valencia para las Fallas.

¿Será este año el primer año sin desastre en marzo?

¡A ver!





samedi 9 janvier 2010

El ultimo desayuno

Et j'avais bien raison, car ce matin là, j'ai trouvé le village de Roses, en Catalogne, et l'un des derniers avant la frontière avec la France. C'est un village de vacanciers, une petite Venise catalane. Les maisons sont belles, soignées avec amour et moyens financiers, les commerces peu nombreux, les passants absents dans les rues à 7h du matin, et les rues suivent le tracé des canaux dans les quels il est de bon aloi d'avoir une petite embarcation au nom de sa belle-mère.
Dans la fraîcheur du matin, les premiers rayons du soleil sont la seule présence à animer les rues. Il n'y pas un bruit, mais des rangées de platanes le long des routes et des avenues.

La mer était un peu agitée, mais juste ce qu'il fallait pour réveiller une voyageuse engourdie offrir un charmant spectacle:

le bain des chevaux. Ils avaient beau avoir quatre pattes et la tête pas mal plus proche du ciel que moi, ils ne semblaient pas du tout à l'aise dans cet élément mouvant et éclaboussant.
L'un d'eux tenta à plusieurs reprises de s'échapper et fut chaque fois reconduit sans pitié dans l'eau. Le bain de chevaux passe très bien avec des céréales et du lait sur une plage tranquille un matin de juillet.
8h30
Degré d'intimité: -0,76
Acidité du savon: neutre
Mots pensés: 467
Nombre de personnes sur la plage: 14
Poids du passé: non déterminé
Indice plaisir: 36,8
Parfum du shampoing: 4,39
Indice "où erre-je?" -7,2
Longueur de la douche: 4,32 minutes
Nombre de chevaux sur la plage: 2
Mots prononcés: 3,6
Longueur des cheveux: 28,54cm
Sensation du temps qui passe: 89,7

mercredi 6 janvier 2010

La ultima noche


Un matin tranquille de la dernière semaine de juillet 2009, je me suis réveillée avant le lever du soleil, dans ma voiture, à cent mètre de plage, où une mer déchaînée m'avait la veille dissuadée de prendre un bain après que je me sois faite rouler dans une vague et traîner sur le sable sur plusieurs mètres dans état d'impuissance totale. J'en étais ressortie toussante et crachante comme une vieille voiture, la cuisse sanglante, le maillot de bain, les cheveux, le nez, la bouche et les yeux remplis de sable, et m'étais assise un peu plus loin pour regarder partir à la dérive mon honneur de "warrior des mers agitées", et jouer avec une insouciance fougueuse des groupes de jeunes dans les rouleaux. Je ruminais avec un peu d'amertume la leçon du jour: quand les choses se corsent, il faut être en groupe pour retenir le plaisir dans ses filets.
J'avais dîné sur la capot de la voiture, pendant que Luna profitait de sa première heure de liberté depuis quatre jours.
L'agréable fraîcheur de ce lieu paradisiaque était tempérée par une concentration de moustiques comme j'en avais rarement vu. Si on faisait un mouvement assez large du bras, on pouvait être certain d'en bousculer un bon paquet. Si on sortait la langue pour exprimer une opinion un peu frondeuse, on risquait d'avoir du mal à la rentrer tant elle serait enflée de piqûres. Enduite d'anti-moustiques jusque dans les cheveux, je fus la seule campeuse sauvage à faire front dans cette zone cette nuit là. Nombreux furent les candidats: un groupe de marseillais entama un barbecue et l'abandonna en cours de route, ainsi qu'un sac d'ordures, et plusieurs campings cars tentèrent leur chance. Mais tous les humains finirent par déposer les armes, et l'on abandonna la zone aux insectes. L'union fait la force, définitivement.

Ni humaine ni moustique, je dormis avec Luna dans ce no man's land vibrant de "zzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzzz"

Au matin, je pris:
_ la décision de ne pas me laisser abattre par la conscience de tout ce que la solitude m'empêchait de faire
_ le volant
_ le chemin d'une plage plus calme où je pourrais prendre un dernier petit déjeuner sur le territoire espagnol et un bain de mer sans risque de me faire transformer en chaussette dans une essoreuse.

mardi 17 novembre 2009

Auprès de mon arbre

Ils sont à l'image de ce que nous ne sommes pas: immobiles, calmes, solides, silencieux, enracinés dans la vie mais prêts à mourir sereinement.

Ils illustrent depuis toujours le concept efficace de la "slow life", et je sais tellement bien que jamais je ne pourrai leur ressembler que leur présence m'est indispensable à chaque coin de rue.

Ils incarnent l'esprit d'une ville, d'ailleurs ils attachent les villes à la terre bien plus solidement que les immeubles avec leurs caves et leur canalisations, et leurs racines sont les veines qui assurent la permanence de l'échange entre la terre et les piétons.
Coupez-les et ils ne restera rien, la terre partira, l'eau partira, l'air partira, les oiseaux partiront,les piétons partiront, les couleurs partiront.

voici quelques maladroits portraits de quelques arbres que j'ai croisés sur ma route:





Arbres en danger













Arbres en automne
























































Arbres au printemps










Arbres en hiver





























Vieux arbres
































Arbres au soleil













lundi 17 août 2009

Girar en Girona



Peu d'entre vous ont manifesté leur curiosité vis à vis de ces longs et nombreux jours sans nouvelles. Je constate tristement les effets ravageurs de la liberté des vacances et je dois me plier en silence devant une loi universelle: l'amnésie des lecteurs. Oui, le public est comme la mer: puissant, chaud en été, froid en hiver, salé, et plein de richesses, mais bien enfouies, changeant et oublieux, voire franchement cruel lorsqu'un marin, une veuve ou un poète le décide par transfert émotifionnel.

Je vais vous parler de la journée de Girona, et pour ce faire, j'avais pensé tout d'abord vous en proposer une approche thématique, rangée en trois parties, divisés en sous parties, elles-mêmes organisées en sous sous parties, chacune d'elles composée d'une introduction générale à l'anecdote, d'une anecdote et d'une conclusion morale de l'anecdote. J'y ai renoncé parce que je veux que vous goûtiez comme il se doit le bordel que fut cette journée: sans ordre ni logique, avec un verre glacé à la main, en claquant la langue pour épanouir la saveur entre chaque gorgée, et sans voir où je veux en venir.

C'est dans un ordre à peine chronologique que nous allons commémorer Girona.

Girona.
A une trentaine de kilomètres de Barcelona, c'est l'une des villes les plus importantes de la Catalogne espangole, environs 90 000 gironais revendiquaient leur gironité en 2005, c'est aussi la dernière grosses ville avant la frontière française. Les charmes de Girona résident dans:
_ la horchata: correcte et fraîche
_ La campagne environnante: plutôt souriante et accueillante
_ Un centre ville historique et ancien avec une citadelle, des vieilles pierres, dont les plus vielles datent de l'Antiquité. D'autres ont été rajoutées à toutes les époques, Moyen-Age, Baroque,et jusqu'au ciment pâteux qui caractérise la finesse blockhaus des dernières décennies.
_ Plein de petits escaliers, de petits recoins, de petits jardins, de patios qu'on devine divins à la faveur d'une porte en bois entrouverte, des jointures de pierres qui dégueulent de plantes vertes et de fleurs, un fleuve avec de l'eau et des canards.
_ Une proximité confortable avec la mer, sur une partie de côte tout à fait présentable où l'eau est claire et le sable chaud.
_ Des gargouilles grises gaies et gouailleuses.
_ Le fait qu'on l'approche très longtemps sur une route embouteillée, en travaux et ensoleillée. Les enfants s'ennuient toujours en voiture: "Papa, c'est quand qu'on arrive? Papa, j'ai faim!!! Maman, pipi!! Maman, trop tard...". C'est ce qui les rend généralement très ennuyeux, et nombre de parents ont le numéro de téléphone de la Dass dans leur vide poche, à côté de celui de l'assurance auto. Au cas où. Les espagnols ont trouvé la solution. Le long des nationales et départementales de Castille et de Catalogne, les enfants peuvent apprendre la vie et compter les putes. A chaque chemin de traverse qui part de la route, on trouve une femme seule, dont l'âge peut varier des prémisses de la majorité à la ménopause bien consommée, très court et moulant vêtue, assise sur une chaise longue, sous un parasol, en train de se maquiller ou de compter ses doigts.
Ce phénomène est-il dû à l'angoisse des ménages face à la crise? Ou est-ce tout simplement un service estival traditionnel, comme les campings ou les discothèques sur la plage?
Je n'en sais rien. Je me demande juste si la clientèle éprouve un petit pinçon de pudeur lorsqu'elle arrête sa voiture au bord du chemin, et offre à la file de ceux qui le dépassent le loisir de peser son âge, son niveau social, ses attraits, son aisance, son alliance à la main gauche, et les sièges pour enfant à l'arrière...


Tournons donc encore un peu autour de Girona jusqu'au prochain article.

mercredi 5 août 2009

Ajuste de cuentas

En 15 días, perdí 15 grados. Luna y yo tuvimos tiempo para acostumbrarnos. Así viajaba la gente hace poco tiempo, en un otro mundo: poco a poco.

El resultado: 1250 Km., 15 grados y 15 días entre Murcia y yo. Así que, será, creo, tiempo para deciros unas palabras sobre la ciudad y la gente de la que tuve que despedirme allí.

De hecho, en Murcia, tuve la oportunidad de encontrarme con un grupo de personas de las que no dejaré de hablar tan rápidamente. No se encuentra tan buena suerte detrás de todas las esquinas de todas las calles de todas las ciudades de todos los países.

Así que, aunque huela a despedida, este artículo tendrá como objetivo abierto el agradecer y no agradecer a todos y todas. No os preocupéis, haré justicia a cada uno según su mérito.

En primer lugar, agradezco a:

_ Los coches de Murcia por su solidaridad hacia los peatones y las bicis: nunca los dejan experimentar un sentimiento de soledad o de distanciamiento (a pesar de la evidente inferioridad de dichos peatones y bicis). Muchos coches eran cariñosos hasta acariciar tiernamente nuestras pantorrillas desnudas. ¡Gracias otra vez, seguid así!

_ Unos ladrones que se cruzaron conmigo esta primavera, con cara descubierta o no, y me ofrecieron la oportunidad de vivir experiencias totalmente nuevas. Tíos, vuestra cobardía, malquerencia y deshonestidad fueron unos hermosos regalos que me llegaron hasta el corazón. Los guardaré siempre en la memoria, y espero con toda mi alma no cruzarme más en vuestro camino, ni mañana ni el día siguiente. ¡Gracias a vosotros!

_ El calor, que por amor a la humanidad no quiso irse una vez llegado. Cada día era más presente, más atento con nosotros, acompañando cada paso, cada respiración, cada tema de conversación. Otro amigo que no deja a nadie y acaricia con cariño a todos, y con aún más ternura a los más humildes. El calor es de todos.

En segundo lugar, no agradezco a:

_ Carmen y Julián, mis couchsurfers y amigos desde el primer día. Hasta el ultimo día SIEMPRE estaban ahí, contestando con amabilidad a cada llamada, incluso las más desesperadas, llamándome a menudo para proponerme conciertos chulos y gratis, paseos al monte o al mar, exposiciones de fotografía, fiestas con sus amigos, siempre los mismos amigos divertidos, cultos, benevolentes, con sonrisa, un vaso de vino bueno en una mano y un plato de queso a la plancha en la otra ... ¡¡Que pesados!!

_ Eve, mi compañera de piso e incluso amiga, llegando a menudo a casa con objetos de la calle, azulejos de todos los colores, ideas chulas, bailes hermosos, bromas divertidas, imitaciones con las que todos nos moríamos de risa, a veces comida de su trabajo que no quería comerse ella sola, y entonces nos imponía comer para no herirla... ¡¡¡Que vida horrible fue vivir con ella!!! Y no os cuento lo peor: un día, como quería hacer otro espejo de azulejos, no encontró otra barbaridad que emplearme para trabajar con ella, ¡¡en plan esclavo explotado!!! ¡¡En serio!! ¡¡¡Yo nunca había sido tratada de tal manera!!! Eso, no lo voy a olvidar pronto, nena...

_ Ángel, mi compañero de piso e incluso amigo, con su humor permanente. ¡¡De la mañana hasta la noche sin descansar!! Siempre una broma o una sonrisa lista, fuera cual fuera la situación. Agotador. ¡¡Y hay más!! ¡¡¡Siempre disponible para ayudarme, se lo pida O NO!! ¿Se puede imaginar persona más pesada? A cualquier hora, listo para charlar, rehacer el mundo, enseñarme sus pelis preferidas, explicarme porque y como son sus pelis preferidas... Y el colmo: siempre intentando entender todo, no dejar nada a la casualidad, vivir cada minuto con pasión y compartirlo con los demás. Eso no te lo llevarás al cielo, ¡acho! Tampoco me pienso olvidar de...

_ Juan y Maria Luisa, mi alumno de francés y su esposa, gente culta, abierta, curiosa de conocer todo lo que todavía no saben, fieles a la filosofía humanista de los espíritus más elevados de la cultura europea, atentos a mis más menores necesidades con la mayor discreción... Exactamente este tipo de personas que os dan la impresión que podéis contar con ellas en cualquier situación, y que mientras se preocupan por uno, no te puede ocurrir nada, y que, ¡encima de todo, actúan en consecuencia! ¡En serio! Además de darme la oportunidad de practicar mi profesión, además de enseñarme mucho sobre España, Historia, Derecho, Filosofía ... me hicieron sentir bienvenida en su entorno. Personalmente, ¡no hay ninguna excusa por todo eso!

_ Los numerosos amigos de amigos, personas interesantes, acogedoras, dispuestas a enseñarme lo que no sabía de su cultura, a contestar con paciencia mis preguntas tontas sobre temas en los que mostraba yo mi absoluta ignorancia...

_ Las señoras de Tráfico de Murcia, que esperaron con angustia conmigo hasta el ultimo minuto para confeccionarme un carné de conducir rosa y oficial. ¡En el último minuto!

Como podéis ver, me encontré con la peor muestra de humanidad que se pueda imaginar durante estos seis meses en Murcia, y eso merecía un homenaje a la altura del perjuicio ¿no?

Y mientras estamos con este tema: todos sois bienvenidos y esperados en mi casa cuando queráis, y donde sea.

mercredi 1 juillet 2009

Gabacha's stop

Entre Sept-Iles et Clarke-City, par un matin ensoleillé alors qu'il commençait à faire un peu froid, en automne c'est normal, un vieil hippie m'a prise en stop dans son westfalia blanc. Au début, il devait juste m'emmener au bout de la rue, et puis finalement, il se prit à la conversation, et nous fîmes 35km ensemble, à deviser de choses et d'autres. En parlant de choses, et surtout d'autres, il me raconta qu'il était allé en France en voyage.
" Eh ben en fait, les français, et puis les européens, d'ailleurs, mais surtout les français, vous êtes vieux. Tous vieux. Vraiment vieux! Vieux jusqu'à l'os! Vieux dans la tête, vieux de partout!!!"
Dans la liste des expériences à vivre tant qu'on est encore jeune: se faire traiter de vieille par un vieux. C'est fait. Et je crois bien que nous y avons tous les deux trouvé une certaine satisfaction, la jeune-vieille comme le vieux-jeune. La prochaine étape: me faire traiter de mec par Rambo 26? De scientifique par un polytechnicien?

Entre parenthèse:
"Si tu ne sais pas ce que c'est qu'un westfalia, appuie sur la touche "?".
Biiiiip! Ceci est une question"!

Un westfalia, est un véhicule dont la possession n'a rien d'anodin, car elle est intimement liée aux années 70-80 et aux hippies. C'est un petit camping car, antique, robuste, dont la gamme de couleurs n'a d'égale que la tranquillité sur la route. Le westfalia est tout aussi peace and love que ceux qui généralement le conduisent.
D'ici quelques années, on pourra faire un voeu chaque fois qu'on en croisera un. Au Canada, on en croise encore beaucoup. Les mecs en 4x4 se moquent des mecs en Westfalia. Mais les mecs en Westfalia méprisent les mecs en 4x4, donc c'est pas grave.

Quelques semaines plus tard, dans le New Brunswick, c'est un camionneur qui m'a prise en stop. Comme il avait avait appris le français au collège il y a bien longtemps, et qu'il avait beaucoup oublié, il me demandait toutes les deux phrases du vocabulaire ou des informations sur la France, avec une curiosité et un intérêt qui démentaient la généralité communément admise qui veut qu'on considère les camionneurs comme des des brutes épaisses et obtuses.
"_ Et en France, vous avez quoi? Un roi?
_ Euh... en fait, d'habitude non, mais ces temps-ci, on peut dire ça comme ça...
_ Et il s'appelle comment?
_ Oh, vous avez sans doute déjà entendu son nom quelque part, on en parle tout le temps: Nicolas Sarkozy.
_ Non, jamais entendu.
_ Vraiment?
_ Oui oui."
Ah en voilà une bonne nouvelle, non? Pour une fois, j'allais pouvoir clore le sujet très vite! Pour une fois on n'allait pas se tourner autour des mots pendant trois minutes avant de tomber d'accord en rigolant, l'autre à gorge déployée, moi jaune.

Comme disent les enfants à Murcia (ici on ne manque pas de répartie): "toma!!!"

mardi 31 mars 2009

La cuiller de Godbout


Godbout, c'est une ville (au moins 500 habitants!!!) de la côte Nord, au Québec. De Godbout, une fois par jour toute l'année, deux fois en été, part un bateau pour Matane, sur l'autre rive du Saint Laurent. C'est la dernière ville de la côte qui propose la traversée du fleuve.
Godbout, c'est aussi une très jolie ville, avec un musée amérindien que je n'ai pas visité, une rivière rouge, comme toutes les rivières de la côte nord, qui se jette dans le Saint Laurent, au bout de la route qui longe le rivage d'un côté, le village de l'autre. Sur cette route, j'ai rencontré Tintin et Milou plusieurs fois. Sérieusement. On ne s'est pas parlé, je ne peux pas vous dire s'il avait un accent begle ou québecois. Cette route et la rivière forment un angle droit tout au bout du village, et sur cet angle droit, se trouve un terrain inhabité et inexploité, sur lequel jusqu'à cet automne, il était permis de poser sa tente ou son camping-car pour quelques jours, tant qu'on ne gênait pas.
A Godbout, j'ai dormi pour la première fois en "camping sauvage", sachant qu'en l'occurrence, le mot "sauvage" n'est pas tout à fait approprié.
Mais c'est vrai que se laver dans une rivière qui a la couleur du thé noir sur un coin de rivage désert, et se laisser sécher par le soleil en comptant les mouches noires qui prennent commande autour de vous (le menu du jour, c'est salade de sang, gratin de sang, et glace au sang...), ça donne une impression de liberté qu'une douche avec ses trois murs protecteurs n'offre pas.

Godbout, c'est aussi là où j'ai compris pourquoi les québecois ne parlent jamais des "mouches noires", mais toujours des "asties de mouches noires", ou des "astie de tabarnak de mouches noires".
Enfin, Godbout, c'est là que j'ai définitivement compris que au Québec, quand quelqu'un vous offre quelque chose, on accepte, sans faire de manière. On m'a toujours appris à refuser d'abord une invitation, et à attendre que l'autre insiste pour accepter. En stop, c'est une très mauvaise technique, car si la voiture s'arrête, on monte (sauf si c'est manifestement le grand méchant loup qui est au volant, mais là, c'est une autre histoire). Si on commence à faire le concours du plus poli, on va surtout gagner celui du plus moisi, planté au bord de la route, à la merci des intempéries.
Quelques jours avant Godbout, j'avais perdu ma cuiller. Je n'avais pas eu le courage de la redemander à des gens qui m'avaient gentiment invitée à dîner, et n'osant accepter complètement, j'avais apporté mon beurre de cacahouète et ma cuiller comme contribution.
J'avais donc bien mérité de perdre ma cuiller, et la leçon était bien passée.
A Godbout, session de rattrapage: lorsque mes voisins de camping sauvage (sauvage: le camping, pas les voisins) m'ont invitée à dîner, j'ai accepté avec plaisir, sourire, et sans me faire prier. La vie m'a récompensée pour avoir bien appris la leçon, car lorsque je racontai l'histoire de la cuiller à mes hôtes, ils m'en offrir une immédiatement.
C'était ma cuiller de Godbout. On en avait fait beaucoup des kilomètres, ensemble.
Elle me suivait partout, dans la poche de mon sac, et me faisait gagner le respect de bien des gens moins prévoyants, qui se retrouvaient, pour une raison ou pour une autre, en manque de cuiller, et à qui je la prêtai alors avec un sourire condescendant et en ajoutant du bout des lèvres qu'"elle s'appelle reviens".
Mais la vie qui donne reprend, et la leçon suivante fut plus dure.

Dans mon sac de Valence, il y avait la cuiller de Godbout. Que vaudra-t-elle pour ceux qui me l'ont volée? Que dalle! J'y ai plus perdu qu'il n'y ont gagné.

S'il te plaît, lecteur que je prends la liberté de tutoyer sans être bien sûre que nous avons gardé les cochons ensemble, peux-tu faire une minute de silence pour la cuiller de Godbout que je ne retrouverai jamais?

Mais que fait la police?


Debout au bord de la route qui longe la rivière Matapédia, je suis sur la rive québécoise (de l'autre côté de la rive, c'est le New Brunswick, ou le Nouveau Brunswick, puisque c'est la seule province officiellement bilingue du Canada) à regarder passer les voitures, le pouce levé et ma pancarte "Matane" gribouillée à la va-vite.
Je me livre à une gymnastique facilement ridicule: manger une banane écrasée d'une main, garder un beau sourire plein de pulpe de banane, pour les voitures, et tenir la pancarte avec la seconde et dernière main.
Je suis partie à 7h du matin de la banlieue de Miramichi. J'essaie d'arriver à temps à Matane pour prendre le bateau pour Godbout ou Baie Comeau (de l'autre côté du Saint Laurent, parce que à la nage, c'est vaguement hardcord). Je ne sais pas si mon pouce a l'air stressé à l'idée de ne pas arriver à l'heure, mais les voitures n'ont pas l'air convaincues qu'elles vont faire une bonne affaire si elles se chargent de la petite montagne de sacs et de manteaux qui se barbouille de banane sur le bord de la route. Et puis comme il fait beau, elles ne se donnent même pas la peine de ralentir pour montrer qu'elles ont mauvaise conscience de me laisser prendre racine. Le temps passe et je commence à me demander sincèrement s'il y a un problème: ai-je plus que de coutume l'air d'une junkie? suis-je particulièrement mal placée? Pourtant, ce n'est pas un tournant, ce ne sont pas des zébras, la vue est dégagée, il a y a un large bas-côté pour s'arrêter confortablement... Ce n'est quand même pas ma banane écrasée qui fait fuir?
La réponse à ma question apparaît sous forme d'une voiture de police en vadrouille. Quand je la vois arriver, tout doucement, je range mon bout de banane écrasé, et j'arrête complètement de bouger, histoire de ressembler le plus possible à un poteau électrique. Il faut croire que je ne suis pas encore au point dans l'art de devenir un poteau à volonté, parce que la voiture de police freine de plus en plus, et s'immobilise à côté de moi.
M. Police: "Salut, tu vas où?
Moi: A Matane.
M.Police: c'est pas clair sur ton panneau, on voit pas bien.
Moi: Ouais, je sais, mon crayon est mort pendant que je faisais la pancarte.
M.Police: Ouais, mais comme ça, personne va s'arrêter, là.
Moi: Ben vous auriez pas un crayon ou un stylo, alors, s'il vous plaît?
M.Police: si, bien sûr, attends."

M.Police sort un stylo de sous un fauteuil et me le tend. Je me dépêche de mettre en relief les lettres trop pâles, mais M.Police ajoute:
" Nan, mais prends ton temps."

Quand je lui ai rendu son stylo, M. Police m'a souhaité bonne chance et a crissé son camp, relax, banal, ordinaire...

Grâce à M.Police, deux minutes plus tard, un camion s'arrêtait.

Donc pour ceux qui se posaient la question: oui, l'auto-stop est officiellement permis au Québec, pour ne pas dire encouragé.

mercredi 25 février 2009

Cheveu sur la soupe


A Sept-Iles (Québec), il y a un carrefour où se croisent deux routes importantes.
D'un côté du carrefour, il y a le Tim Hortons, de l'autre côté, le Provigo. Ces deux institutions sont majeures au Québec. Chez Provigo, c'est les provisions à gogo, chez Tim Horton, c'est des calories en grande quantité pour pas cher.
Ce carrefour est toujours envahi de voitures. La vache, il n'y a que six millions de québecquois, trois des six vivent à Montréal et banlieue, et les trois autres se répartissent sur la ville de Québec et trois fois la France en superficie. Autant vous le dire, passé la seconde moitié de la route 138, il ne reste pas grand monde! Eh ben ils trouvent le moyen de remplir toujours ce carrefour de gros 4x4 égoïstes, qui préfèrent vous faire goûter la glace à l'asphalte plutôt que de vous céder le passage. A croire que tous les habitants de la Côte Nord se relaient consciencieusement pour que le carrefour ne se vide pas.
Puis comme ce n'est pas l'espace qui manque, les routes sont larges. Le 4x4 n'y est pas à l'étroit. Le piéton en revanche y est un peu noyé.
Pour passer, il faut appuyer sur la patente à piétons, parce que sinon, c'est la crêpe party! On attend généralement une bonne grosse minute. Mais il faut rester très attentif : à l'instant même où le feu s'allume pour les piétons, il faut avoir déjà mis un pied sur la route.
En tant que parisienne stressée-stressante, marcher vite, c'est une façon d'être. Ben malgré ça, je n'ai jamais pu atteindre l'autre bord de la route sans dépasser un peu sur le temps imparti aux piétons. Si une piétone parisienne, jeune et en bonne santé n'y arrive pas, j'imagine même pas l'angoisse pour la grand-mère sept-iloise chargée de son cabat de courses!!
C'est l'histoire de "paf la vieille", mais avec l'accent québecquois!

vendredi 20 février 2009

Bordel ambiant


Quel lien y'a-t-il entre une plage enneigée, un monumental jus d'orange frais pressé, le baptême du chômage, un car arrêté sur une aire d'autoroute et tous les passagers couillus et bronzés fouillés par les douaniers et reniflés par leurs chiens, un petit bonhomme sur la plage qui vous déclare que vous êtes "une capricorne décaféinée", un "bonjour Marjolaine" dans un bureau de fac, quatres matelas par terre dans trois endroits différents, une douzaine de chambres, un pouce tourné vers le ciel sur le bord d'une route gelée à sept heure du matin dans la banlieue de Miramichi, un président des Etats-Unis Noir, une erasmus bourrée qui ronfle comme un paquebot à huit heures du matin, un bollywood où le héros très sexy meurt cuit par l'alcool à la fin?

Réponse: Trois mois.

Ciboire!!!!

samedi 31 janvier 2009

Miss Warrior 2008 aux îles de la Madeleine


Les îles de la Madeleine.
Tout d'abord, ne comptez pas sur moi pour vous donner une quelconque explication de ce nom. Pourquoi Madeleine? Pourquoi pas Pénélope ou Marie-Emilie? Pourquoi?
Parce que Madeleine, ça finit comme baleine, et que des baleines, il est sensé en passer quelques unes de temps à autres dans le golf du Saint Laurent? (j'ai sur les baleines québecoises une théorie que je vous proposerai un jour où nous aurons tous du temps à perdre)
Parce que "Madeleine, elle aimera ça"? et que l'office du tourisme des îles veut que les touristes sachent qu'ils vont aimer ça?
Parce que le premier bipède qui a posé les pieds sur les îles s'est dit: "Boudiou, va fallouère bâptiser c'te place là! què jour qu'on est âjourd'hui? Té, c'est ben l'fun! c'est l'jour d'la sainte Madeleine! Ben j'aimerai ça, Madeleine! Pis ça rime avec baleine! Té! Pis si M'sieur Proust daigne bouger son c... jusqu'icitte, ça lui rappellera plein de souvenirs, parce que ces madeleines là, y'a pas de souci, al trempent! èz infusent à longueur de temps! Hèhè!!" Et voilà, c'était fait!?
Je ne crois pas que ce soit un héritage amérindien, genre le prénom de la belle-mère du chef, et il a pas voulu vexer sa femme, déjà qu'il refusait d'aller aux soupers de famille sous prétexte que belle-maman savait pas faire cuire correctement le caribou... (ce qui est tout à fait faux, belle-maman respectait exactement le temps et la chaleur de cuisson appris de sa propre maman! et si monsieur son gendre ne savait pas apprécier le patrimoine gastronomique de sa propre tribu, c'était pas sa faute, elle pouvait plus rien faire pour lui, et c'était indigne d'un chef de tribu, qui par ailleurs... Revenons à nos madeleines)

Miss Warrior 2008, pour vous la faire courte, parce que le temps, si ce n'est de l'argent (faut pas déconner, on ne me la fait pas!), c'est tout de même précieux.
Miss Warrior 2008, donc, c'est moi aux îles de la Madeleine, à 20h le soir de mon arrivée (levée à 4h du matin, on vieillit quand les jours sont longs comme ça...), qui fonce (mouaaaaarf!!! enfin, si quelqu'un veut bien le croire, ça me fera plaisir) en vélo, avec tout son barda de voyage sur le dos, sur une route plutôt bien vallonnée (surtout dans le sens de la montée) que je ne connais pas, vers un terrain paumé qui appartient au mec qui m'a loué le vélo et sur lequel il a accepté que je pose ma tente quand il s'est rendu compte qu'à 19h30 un soir de novembre, je n'avais aucune idée:
_ de là où j'allais dormir
_ de la taille ni de la géographie des îles.
Pour ceux qui trouvent que c'est encore très raisonnable, je précise que la météo avait annoncé qu'à 20h, il ne restait au maximum que 3 ou 4 heures de beau temps avant la pluie, le vent...
C'est vrai qu'au matin, fallait faire attention à ne pas toucher les parois de la tente, que j'avais par ailleurs montée de travers la veille dans l'obscurité la plus complète...


Miss Warrior 2008, c'est donc le reccord battu de l'amateurisme toutes disciplines confondues.

Ci-contre, c'est mon fidèle Rossinante des îles. Nous avons lutté ensemble
contre les éléments.
Ce qu'on ne voit pas, ce sont les onze kilos de bagages qui restent sur
mon dos à moi...
Les montures d'aujourd'hui...

mercredi 21 janvier 2009

Dieu vous le rendra


A la demande générale (et surtout parce que c'est fou tout ce qu'on peut avoir à faire d'important quand on a un travail à rendre bientôt!),
voici en exclusivité un premier épisode de la vie de l'autre côté de l'océan (pour ceux qui sont effectivement de l'autre côté de l'océan, il va de soi qu'il ne faut pas prendre au pied de la lettre cette information: nous sommes bien en train de parler de votre autre côté: le Cranada).
C'était un matin où je m'étais levée trèèèèèèèèès tôt (je vous expliquerai pourquoi un autre jour) pour prendre le bateau qui devait me porter des côtes de la Nouvelle Ecosse à celles de l'île du Prince Edouard. La traversée n'était pas très longue, une heure à tout casser, que je mis à profit pour faire des photos, boire un chocolat chaud et dessiner la pancarte avec le nom de ma prochaine destination, pour le stop.
L'art de la pancarte d'auto-stop m'a été enseigné par un authentique pouceux. C'est l'outil de travail qui vous fait passer aux yeux de tous du rang d'amateur innocent à celui de pouceux officiel. Avec une pancarte, on monte en grade, et ça se sent! Cela demande un certain entraînement pour écrire le nom de la destination de façon lisible et claire. Au début, on sert trop à droite, ou trop à gauche. Lorsque vous avez réussi à cadrer correctement, vous pouvez personnaliser votre pancarte, en insérant quelques symboles sympathiques, qui laisseront supposer aux conducteurs solitaires, qui vont loin et qui s'ennuient au volant, qu'avec vous, ils passeront un très bon moment. (En ce qui concerne un possible malentendu sur ce que nous entendons par "un très bon moment", nous y reviendrons plus tard dans un chapitre bien plus noir que celui-ci).
A la fin de la traversée, comme le temps était doux et ensoleillé, je me rendis sur le pont, comme presque tous les passagers, pour voir se rapprocher la côte.
J'étais un peu déçue, parce que je savais d'expérience que les bateaux sont souvent l'occasion rêvée au Canada pour rencontrer des gens sympathiques qui connaissent les lieux et vous offrent un lift (un lift: un tour grâcieusement offert par une personne qui en plus d'aller dans la même direction que vous possède un moyen de transport motorisé et un sens louable du partage). J'étais donc déçue, car je n'avais trouvé le moyen d'engager la conversation avec personne. Aussi, lorsqu'un homme d'âge moyen, avec des lunettes de soleil qui lui donnaient le regard troublant d'une drosophyle m'aborda, bien que ce fut en anglais, je sautai immédiatement sur l'occasion. Nous étions le 5 novembre 2008.
La conversation que je vais retranscrire ici s'est déroulée en anglais, mais comme la très grande majorité des possibles lecteurs de ce blog parle franchement mieux anglais que moi, je vous la propose en français. Ca vous apprendra à parler si bien anglais, bande d'astie de tabarnaks!
L'homme-mouche m'aborde donc par un très classic: "Bonjour! tu voyages?
A quoi il semblait naturel de répondre: "Bonjour. Oui, je voyage en ce moment. Je fais un tour des Maritimes."
La conversation ayant démarré sur de bonnes bases, il ne restait qu'à la poursuivre méthodiquement:
Homme-mouche: Mais tu voyages comment? tu as une voiture?
Moi: Ben non, je voyage sur le pouce. Les gens sont très gentils par ici.
Homme-mouche: Ah! Mais tu n'as jamais eu de problème?
Moi: Pantoute! Les gens que j'ai rencontré ne cherchaient qu'à me rendre service. C'est incroyable comme les gens sont serviables en Nouvelle Ecosse! Hier, un homme a fait un détour et passé quelques coups de téléphone pour me déposer là où je voulais aller, en lieux sûr!
Homme-mouche: Ah, tant mieux. Et là, où vas-tu?
Moi: Aux îles de la Madeleine (sourire radieux mais non retranscrible sous le nez (au niveau de la bouche, comme c'est généralement le cas)). Et vous?
Homme-mouche: Je vais étudier.
Moi: Vous êtes étudiant?
Homme-mouche: oui, je fais des études pour être pasteur. Là, je vais à un stage sur l'île du Prince Edouard. Ma femme et mes enfants habitent en Nouvelle Ecosse.
Moi: Ah, d'accord. (Que répondre?)
Homme-mouche: Mais dis donc, tu as une tente sur ton sac, tu ne campes pas, quand même??!!
Moi: Ben non, je préfère pas, mais bon, au moins, si un jour je ne trouve pas d'endroit où dormir, j'ai la tente, c'est mieux que rien!
Homme-mouche: ... (visage consterné)
Moi: (pour le rassurer) Mais vous savez, si j'ai un problème, je sais qu'il y a deux endroits où je peux toujours frapper: le commissariat et la paroisse.
Homme-mouche: Ah oui! La paroisse! Il y a toujours des gens qui peuvent t'aider, à la paroisse. Mais tes chaussures, ce sont les seules que tu as?
Moi: (un regard étonné vers mes grosses chaussures de marche et de neige à la fois, un peu sales, mais plutôt solides) Ben... oui, elles sont bien!
Homme-mouche: (dubitatif) Mouais. Mais je ne vais pas pouvoir t'emmener jusqu'au bateau pour les îles de la Madeleine, moi je pars dans l'autre sens.
Moi: (déçue) Ah. Ben c'est pas grave, tant pis! Je vais trouver.
Le bateau arrivait alors et nous nous séparâmes, lui pour rejoindre sa caisse, moi pour être la première piétonne à descendre, et pouvoir présenter ma pancarte "Souris" (le nom de la ville d'où part le bateau qui va aux îles de la Madeleine) à tous les véhicules qui sortiraient.
Quelques voitures passèrent, visiblement pas franchement intéressées par ma candidature (eh oui, c'est la triste réalité que je ne voulais pas vous révéler tout de suite, pour ne pas vous plonger dans un absolu désespoir: la pancarte n'est pas magique, et parfois, les voitures ne s'arrêtent pas quand même). Vint le tour de l'homme-mouche. Je le vois arriver, et lui prête peu d'attention puisque je savais qu'il n'allait pas dans la bonne direction. Mais lui, la vitre baissée, me fait signe d'approcher. J'approche donc, pour voir qu'il me tend quelque chose que j'identifie assez vite comme un prospectus plié autour d'un billet de 20 dollars.
Là, trois voix ont pris la parole en un dizième de seconde dans ma tête:
_ La dignité: "Non mais ça va pas! pourquoi pas un morceau de pain, aussi, tant qu'on y est! impossible d'accepter l'argent d'un passant qui me prend pour une clocharde!!"
_ Le sens pratique: "pas franchement nécessaire"
_ Le sens de l'humour: "TROP DRÔLE!!!"
Bon, pas de suspense, le sens de l'humour a levé mon bras, j'ai saisi son offrande, et la dignité a ouvert ma bouche pour pronnoncer un honnête: "Mais vous savez, je n'en n'ai pas besoin".
Mais à peine disai-je "Mais..." que le zélé futut pasteur remontait sa vitre en disant: "It's OK! It's OK!" Ben oui, je m'en doute que c'est OK! Je te les ai pas volés, tes 20 dollars!
Cette volonté pudique de ne pas me confronter à mon indigence en refusant d'entendre mes remerciements larmoyants était tellement belle! Ou alors était-ce la volonté de ne pas risquer de s'entendre dire que je n'en n'avais pas besoin, et qu'il s'était trompé de charité??
Mon sens de l'humour triomphait cependant en chantonnant cyniquement: "t'es une clocharde de luxe! 20 dollars! Ya ben d'authentiques clochards qui vendraient leurs pieds pour en avoir autant!!" C'est con, un sens de l'humour, parfois.

Je jetais un coup d'oeil au prospectus. En grosses lettres jaunes au milieu d'un rond lumineux sensé représenter quelque chose de très conceptuel allant de la mort à l'Esprit saint, on pouvait lire cette question pertinente:
"Where will you spend eternity?"

C'est ça qu'on appelle le choc des cultures?